
Les 14 et 15 février, à Rennes, comme ailleurs, on fêtait l’amour. Mais on fêtait aussi l’amour des sports acrobatiques avec, pour la première fois, une sélection commune trampoline et tumbling, junior et senior, pour les prochains championnats d’Europe. Beaucoup de vrilles, de salti et au milieu de ça, une belle histoire !
Avant sa première série samedi, il se surprend à éclater de rire en se demandant ce qu’il fait là ! Il est revenu en terres connues, accompagné de son entraîneur toulousain, Paul Martinez. Florian Rigal a passé plusieurs années à Rennes. Au gymnase Bréquigny, au Cercle Paul Bert, durant ses années d’études à l’INSA, et puis, diplômé il a retrouvé ses terres occitanes.
Originaire du Tarn, Florian Rigal découvre le tumbling à Saint-Sulpice, sous les conseils d’Arnaud Mingorance. Il trace son chemin en junior, en 2015, à 15 ans il décroche le titre de champion de France.
Un entraîneur, un acrobate : et pourtant,… le doute
Quand il rentre dans la salle, Florian éclaire de son sourire, il est heureux d’être là et ça se voit ! Il retrouve ses anciens coéquipiers au Cercle Paul Bert de Rennes, des coéquipiers d’entraînement, qui, eux aussi ont pris d’autres chemins comme Redouane Aziar, devenu entraîneur à Metz, qui s’est laissé tenter par un comeback. Il retrouve aussi les entraîneurs, les murs, l’ambiance, l’odeur et les habitudes, une salle d’entraînement, une équipe, un club, mais surtout l’envie de mordre la piste.
Florian est heureux, il sait qu’il n’est pas favori pour la qualification aux Europes, mais il a gagné le droit de participer à la qualification… un peu « pour la blague » mais surtout pour l’amour du sport, pour le plaisir, et pour le challenge.
Ils sont sept tumblers pour quatre places qui propulserait l’équipe de France masculine pour la première fois depuis 2008 dans une configuration complète. Mais pour cela il faut réaliser des minimas de difficultés et d’exécution. Il faut montrer que l’équipe de France n’est pas là pour la figuration.
Deux jours de tests, où les catégories se suivent sur les toiles des trampolines et la piste de tumbling, un grouillement qui fait vivre cette sélection, de la passion, des encouragements, des visages et des noms des sports acro partout dans la salle, à la parade, à la table de juge, dans les bureaux mais aussi dans les gradins. La vraie grande famille de l’acrobatie française pour encadrer, encourager, soutenir, conseiller parfois… toujours à l’unisson, dans le tempo.
Debout, en bout de piste, il se présente… Paul l’attend à la réception. Et là, Florian rit, il rit de la situation « qu’est-ce que je fais ici ? ».
Ce samedi, le doute ? L’hésitation ? L’ampleur de la qualification. Il ne déroule pas comme il l’aurait aimé. Des séries finies, mais des séries à la réception hasardeuse… et finalement la déception partagée avec son entraîneur… Mais beaucoup d’échecs pour l’ensemble des compétiteurs, y compris les plus attendus, y compris les chefs de file, les têtes d’affiche. Ils le savent tous, demain est un autre jour.
Un scénario pas franchement écrit, mais la magie opère
Le dimanche matin, rendez-vous est pris pour les sept mercenaires. Plus question de reculer. Les critères sont clairs, un total de 49,10, une difficulté de 14,40, une équipe compétitive. Son entraîneur le sent déterminé, remonté, un peu frustré même… Il ouvre la compétition.
Il se tient debout, au bout de la piste, cette fois l’entraîneur est à ses côtés. Plus de place au doute, à l’hésitation, aux questions. La piste devient un allié. Un double tendu sur la piste un fifol tendu (double tendu avec deux vrilles) réussi, un cri de soulagement qui vient des tripes… Une joie mesurée, il reste un second passage.
Ce second passage, il donne tout, full in tendu en milieu de piste, full-full groupé. Réceptionné parfaitement. Et là il craque. Paul ne l’a pas quitté des yeux, les derniers conseils, la gnaque transmise.
Il est gagné par l’émotion, la joie, le soulagement, celui de terminer sur ses pieds ce weekend breton, celui d’enchaîner ses longues journées de travail et ses entraînements, celui de ce lien si fort qui l’unit à son entraîneur toulousain. Ce lien on le ressent lorsqu’ils tombent dans les bras l’un de l’autre, pour une longue accolade qui prend aux tripes. On sent la passion, on sent l’implication, on sent tout ce qu’un sportif et son entraîneur peuvent partager, et qui reste intense, qui leur appartient à eux. De longues minutes à s’isoler pour faire tomber la pression… Avait-il déjà réussi ses deux difficultés ? Pas sûr !
Un test qu’il remporte, échouant à quelques points des minimas, insuffisant pour assurer la qualification directe. Insuffisant pour s’assurer une place dans l’équipe. Une équipe en suspens, une équipe qui dépends aussi de la réussite des meilleurs tumblers français : Hippolyte Hergue, Kevin Ferreira (vainqueur du test du samedi), Tylan Maurice, des jeunes Thomas Hallade, Lilan Lenclos, ou Redouane Aziar qui a préféré préserver ses chances dans son nouveau fief. Ils joueront tous pour le retour historique de l’ équipe de France sur la scène européenne le 6 mars prochain à Metz, en se transcendant.
Florian n’avait pas prévu de traverser une nouvelle fois la France, pour améliorer ses passages, pour prouver une nouvelle fois son envie et son niveau. Traverser la France, c’est beau, mais, loin d’être un long fleuve tranquille, il faut jongler avec la vie professionnelle, les horaires, les congés, la fatigue… À l’annonce du verdict ce dimanche 15 février, il n’exulte pas, il sait que tout reste à faire, pour lui, pour les autres. Les heures du retour seront celles de la réflexion, toujours en commun avec l’entraîneur : « C’est toi qui décides, si tu veux y aller, on t’accompagnera dans ce projet jusqu’au bout », souffle Paul à son poulain. « Ce n’est pas le scénario que j’avais prévu », lui répond Florian, qui n’espérait peut-être pas tant. Faire mieux, travailler encore, s’entraîner toujours. Les Toulousains sont venus « pour la blague », ils repartent avec la satisfaction du travail bien fait, et un dilemme… Metz ou pas Metz, sélection ou pas sélection. La décision leur appartient.
Ces moments de cohésion, ces moments de partage, ces moments de sublimation entre l’entraîneur et le capitaine de l’équipe toulousaine (double vainqueur de DN1) n’ont pas d’égal, et doivent nourrir la jeunesse.
Et finalement, si la blague se poursuivait dans le plus grand des sérieux, du côté du Portugal… et parce que les blagues toulousaines ont toujours un doux parfum de violette et un tendre goût de chocolatine, ça en est tellement plus réconfortant.





