À 19 ans, Antonin Delaye aborde sa première saison chez les seniors avec ambition. Formé à Oullins, façonné au pôle de Lyon, le gymnaste du Cascol avance entre instinct et exigence, porté par une passion intacte tout en étant guidé par un objectif : celui de décrocher une place durable au sein de l’équipe de France. Portrait.

C’est à Oullins, dans la banlieue lyonnaise, au club de Cascol que tout a commencé. Ici, dans cette salle où l’odeur de magnésie se transmet presque comme un héritage dans la famille Delaye et où Antonin a grandi, au milieu des agrès. Son père y a passé des heures, avant lui, sa grand-mère aussi, puis plus tard son grand frère, de trois ans son aîné. « Cascol, c’est mon club, c’est ma famille, il fait partie de moi », confie-t-il simplement.
Enfant « très vivant, très joyeux, avec une énergie débordante », comme le raconte son père, Antonin commence la gym à l’âge de 6 ans. À l’époque, il pratique aussi le judo, mais très vite la gymnastique s’impose comme une évidence. « Il trouvait le judo trop rigide, trop lent. Il s’ennuyait, en fait. Il avait besoin d’un sport qui bouge plus », se souvient son père. C’est là qu’il range alors les kimonos pour se consacrer pleinement à ses entraînements de gymnastique.
Très vite, il se démarque, porté par une envie constante de progresser. Une relation instinctive à l’acrobatie s’installe presque immédiatement, avec cette facilité à se projeter dans l’espace, à s’y repérer et à comprendre son corps en mouvement. « Dès petit, Antonin avait déjà cette envie de tout faire, tout de suite. Dès les premiers éléments acrobatiques, il voulait aller plus loin », confie Marc-Antoine Fournier, dit Marco, son entraîneur à Cascol. « Quand certains gymnastes avaient besoin de beaucoup de temps et d’étapes, lui poussait naturellement pour tenter plus difficile. Il avait cette gourmandise acrobatique, cette envie permanente de progresser. C’est ce qui a fait sa particularité dès le début. »
En compétition, il décroche rapidement ses premiers titres au niveau départemental et l’idée du haut niveau s’installe peu à peu. Le véritable déclic arrive en CM2. Les résultats s’enchaînent, la progression se confirme et il est alors repéré par le pôle de Lyon, situé à deux pas du domicile familial. « Antonin a pu rester à la maison. Il n’a jamais eu besoin d’aller à l’internat ou de partir à des kilomètres pour s’entraîner, ce qui était important pour nous et pour lui », livre son père.
S’il peut rester dans son environnement familial, le rythme, lui, change radicalement, passant de 10 heures d’entraînement par semaine à 20-25 heures. Les journées commencent tôt, très tôt même : 6h30, parfois 7h. Et se terminent tard, vers 20h. « Il lui a fallu deux ans pour vraiment s’adapter au rythme », reconnaît son père. Deux ans pour apprivoiser ce nouveau quotidien. Deux ans pour transformer une passion en projet de vie.
L’instinct et la méthode
Au pôle de Lyon, qu’il intègre dès son entrée en sixième et où il s’entraîne encore aujourd’hui, Antonin Delaye franchit les étapes une par une. Il débute avec Ludovic Boutin, poursuit avec Mathieu Chatiron, avant de rejoindre, début 2024, le groupe de Pierre Coponat. « Le changement s’est fait assez naturellement, en discutant avec Mathieu », explique ce dernier. « Il sortait d’une période compliquée, notamment à cause de blessures liées à sa croissance. J’avais des gymnastes un peu plus âgés et l’idée était qu’Antonin puisse basculer dans cette dynamique. En un an et demi, il a beaucoup mûri et énormément progressé. »
Cette progression raconte aussi une transformation plus profonde, avec une évolution dans sa manière de travailler. Indispensable pour continuer à progresser. Indispensable également pour augmenter son niveau de difficulté. Lui, le gymnaste instinctif, a alors dû apprendre la patience. Dans un sport où la répétition forge la maîtrise, il a dû ralentir pour construire, décomposer, stabiliser. « Antonin, c’est quelqu’un qui aime réussir rapidement. Au début, il avait tendance à vouloir brûler certaines étapes et à zapper la méthodologie d’apprentissage. S’il voulait faire un élément, il le tentait. Si ça ne passait pas, il passait à autre chose », explique l’entraîneur lyonnais. Un fonctionnement naturel chez lui, mais qui a commencé à montrer ses limites, plus le niveau des difficultés augmentait. « Il a dû apprendre à suivre une méthodologie progressive, à accepter de construire certains éléments plus complexes étape par étape, pour pouvoir ensuite les stabiliser. Et ça, il a fallu qu’il le comprenne. »
Une nouvelle approche de l’entraînement qu’il a appris à apprivoiser, prenant conscience que derrière chaque réussite se cache aussi un travail invisible, plus long, plus exigeant. « Au début, on sentait qu’il subissait un peu cette nouvelle approche, puis, petit à petit, il l’a intégrée, comprenant que cela lui permettait de gagner du temps sur le long terme », poursuit son entraîneur. « Mais je n’avais aucun doute là-dessus, Antonin est un gymnaste très agréable à entraîner, très sérieux, ponctuel, investi, et il comprend les exigences du haut niveau. C’est ce qui fait la différence. »
Peu à peu, les effets se font sentir. L’instinct est toujours là, mais il s’appuie désormais – aussi- sur la patience. Avec cet équilibre nouveau, tout son potentiel prend une autre dimension, au point de raccrocher le wagon des meilleurs juniors et d’intégrer, l’été dernier, le collectif pour l’ultime préparation en vue des championnats du monde, avec notamment un atout majeur au sol, cet agrès où, déjà enfant, il se démarquait.

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