Huit ans après sa descente du Top 12, Kingersheim retrouve enfin l’élite en GAF. À Amiens, lors des championnats de France DN1, l’équipe féminine a déxrohé sa remontée au terme d’une finale intense, où tout pouvait basculer sur un détail. Guillaume Oudoire, entraîneur et président, raconte de l’intérieur une montée qui récompense des années de travail et de passion.

Guillaume Oudoire, en haut à droite, aux côtés des différentes équipes engagées à Amiens en GAM et en GAF. Photo DR

« Quand le résultat est tombé, il y a eu énormément d’émotion. On a tout oublié d’un coup : la préparation compliquée, les chutes, le stress, les problèmes matériels, la fatigue nerveuse… tout. Cette montée, elle représente énormément pour le club parce qu’elle récompense des années de travail, de bénévolat et d’investissement. Pendant huit ans, on a essayé de reconstruire, de revenir petit à petit.

Surtout qu’il restait toujours cette frustration de notre dernière saison en Top 12, celle de cette descente qu’on n’avait jamais vraiment digérée. On avait le sentiment de ne jamais avoir réellement pu défendre nos chances. À l’époque, on devait notamment pouvoir compter sur Juliette Bossu, mais elle avait finalement été retenue sur des étapes de coupe du monde et n’avait pas pu être présente avec nous. On avait gardé cette sensation de descendre sans avoir pu jouer avec toutes nos armes. Alors forcément, cette montée a une saveur particulière parce qu’elle permet aussi de tourner la page de ce chapitre-là.

Une finale sous pression

La compétition avait pourtant commencé avec beaucoup de pression. On démarrait au sol, un agrès qui nous convenait plutôt bien. Stratégiquement, on avait choisi de faire ouvrir Laurine Goublaire. C’est une gymnaste qui s’entraîne au quotidien chez nous, qui n’est pas en structure de haut-niveau, mais qui possède une énorme force de caractère. Faire la première note de référence dans une compétition comme ça, ce n’est jamais simple. Mais elle a tenu la pression et elle a lancé l’équipe de la meilleure des manières.

Les filles sont ensuite restées dans cette dynamique. Même s’il y a eu la chute de Lara Clérici sur sa dernière diagonale, on sentait que l’équipe était bien lancée. Après ça, on a eu un tour de repos qui nous a permis d’échanger un peu, de relâcher la pression tout en recentrant les filles que ce qu’on avait à faire. Parce qu’autos, il se passait énormément de choses, il y avait beaucoup d’ambiance, beaucoup d’émotions, et il fallait réussir à rester concentrés sur notre compétition.

Le saut, on savait que ce serait un agrès plus compliqué pour nous. Ambre Frotté avait été malade juste avant la compétition, où elle avait été alitée plusieurs jours ce qui ne lui avait pas permis de s’entraîner. Elle sortait aussi d’une douleur au dos après les championnats de France individuels à Oyonnax. On avait volontairement choisi de la préserver au sol pour lui faire confiance ensuite au saut. Elle a fait son travail. Derrière, Lara et Lilou (Viallat) ont sorti deux beaux yurchenkos vrilles, et sur un agrès qui n’est pas forcément notre point fort, on a réussi à limiter les dégâts.

Ensuite, on arrivait sur les deux agrès où il ne fallait vraiment pas se tromper : les barres et la poutre. Et aux barres, il s’est passé énormément de choses. Déjà, on a eu un problème matériel qui a obligé à interrompre la compétition pendant plu de deux minutes. Lilou a l’habitude de tendre énormément ses barres et, comme on était sur un châssis autoporté installé sur la patinoire, la traverse s’est mise à gondoler et a fait remonter le tapis. Les juges ont arrêté la compétition le temps de vérifier tout ça.

En parallèle, Izzy Martin casse sa manique juste avant de passer. Elle me demande de luis serrer plus fort… et la manique craque ! Il y a donc eu quelques secondes de flottement. Elle me dit qu’elle a une deuxième paire mais qui n’était faite, donc on a décidé d’alléger son mouvement. À ce moment-là, il faut penser à la sécurité avant tout. On ne peut pas mettre les gymnastes dans des situations dangereuses.

Tous ces évènements ont demandé énormément d’énergie nerveuse. Je pense d’ailleurs qu’on l’a un peu payé ensuite à la poutre. Les filles ont peut-être relâché un peu la pression après les barres. Les échauffements n’étaient pas bons, il y avait quelques chutes, et un peu de fatigue mentale. Mais au final, quelques minutes plus tard, quand le résultat tombe, on oublie tout ce qui s’est passé avant.

Pendant toute la compétition, j’ai demandé aux filles d’essayer de ne pas regarder les classements. Avec l’écran situé au milieu de la salle, on voyait les notes en direct donc forcément, c’était tentant de regarder mais je leur répétais qu’il fallait qu’elles restent concentrée sur leur compétition et sur ce qu’elles avaient à faire. Car tant que tous les agrès n’étaient pas terminés, il ne fallait pas faire de plan sur la comète. On l’a connu l’année dernière ! On était très bien placés avant le dernier agrès et on avait complètement lâché le fil de la compétition à la poutre. Cette expérience-là, je l’avais en tête pendant toute la préparation. Je me suis demandé ce qu’on pouvait faire différemment cette fois-ci, surtout qu’on terminait encore à la poutre.

Et puis, il y a eu aussi tout le contexte autour de Dijon. Forcément, quand on est au repos, on regarde un peu ce qui se passe autour. On comprenait qu’il y avait quelque chose d’inhabituel. Mais j’ai tout de suite dit aux filles qu’on ne devait pas se focaliser là-dessus, et que quoi qu’il se passe ailleurs, ça ne changeait rien au fait qu’il nous restait trois agrès à réussir.

Une préparation compliquée 

La préparation avait déjà été compliquée avant même d’arriver à Amiens. Ambre avait eu de la température, une angine, des douleurs au dos. Izzy m’avait appelée quelques jours avant pour me dire qu’elle avait mal au poignet. On a donc dû adapter certains passages, notamment en poutre où certains éléments lui faisaient trop mal. Elle avait également découvert les résultats du gym eval qui ne correspondait malheureusement pas à ce qu’elle espérait, et ça lui avait mis un gros coup au moral.

Mais malgré cette préparation un peu compliquée, l’équipe a tenu. Et si je devais résumer sa plus grande force, je dirais que c’est sa cohésion. Des bonnes gymnastes, il y en avait partout en DN1. Mais ce supplément d’âme, cette capacité à se battre les unes pour les autres, ça ne se retrouve pas partout.

Le club fonctionne aussi comme ça, porté par la cohésion des gymnastes, des familles, des bénévoles. Nous sommes avant tout un club de bénévoles et de passionnés. Sur le secteur féminin, il. n’y a qu’un salarié à mi-temps en alternance. Tout le reste repose sur des entraîneurs bénévoles qui donnent énormément de leur temps. Les gymnastes voient les sacrifices réalisés, elles voient qu’après nos journées de travail, on revient au gymnase pour construire quelque chose.

Quand je suis devenu président il y a 11 ans, je voulais bâtir un club centré sur la formation. L’idée a toujours été de donner leur chance à des gymnastes qui ont le potentiel pour accéder au haut niveau, peu importe les moyens financiers des familles. Je ne veux pas que le financier dirige le sportif. Cette philosophie-là n’a jamais changé. Alors aujourd’hui, voir les deux équipes, masculine et féminin, évoluer en Top 12, c’est quelque chose de très fort ! Pour le club, pour les bénévoles, pour toutes les personnes qui ont participé à ce projet pendant des années.

Aujourd’hui, avec la fermeture des pôles Espoirs et le retour de certaines gymnastes au club, on va devoir restructurer certaines choses en interne. Jusqu’ici, toute notre filière performance fonctionnait quasiment uniquement grâce à des bénévoles, mais avec le retour du Top 12 et la volonté de continuer à accompagner correctement les gymnastes, notamment sur les projets de biquotidien, on cherche désormais à renforcer le staff et à embaucher.

L’idée, ce n’est pas de changer notre philosophie, au contraire. On veut continuer à construire autour de la formation et de l’accompagnement des gymnastes, mais avec davantage de moyens humains pour répondre aux besoins qui évoluent aujourd’hui.

Des histoires derrière la montée 

Et puis il y a aussi des histoires individuelles derrière cette montée. Ambre, par exemple, n’avait jamais connu le Top 12 avec Kingersheim. Je lui avait toujours dit que j’aimerais qu’elle puisse vivre ça avec nous un jour. Aujourd’hui, c’est devenu réalité.

Il y a Lilou aussi, qui est encore dans une période de reconstruction après sa blessure. Elle doute parfois, elle manque encore de confiance, mais elle avance dans le bon sens. Elle est dans une bonne dynamique actuellement à l’INSEP et c’est important pour elle. J’espère que cette montée va aussi lui permettre de se libérer un peu plus plus et de continuer à retrouver confiance.

Maintenant il va falloir se projeter vers la suite. Le Top 12 va évoluer avec une nouvelle formule, le club va devoir se structure davantage, renforcer son encadrement et continuer à accompagner ses gymnastes. Financièrement ce sera un défi, forcément. Mais comme depuis le début, on trouvera des solutions. Cette montée en Top 12, on ne veut pas la laisser passer. »

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