Sur les routes du Nord et de Belgique, entre trois salles d’entraînement, Elior Gallet Dandre construit son parcours. À tout juste 12 ans, le jeune tumbleur au talent brut bouscule déjà les codes d’une discipline dans laquelle il excelle, porté par un instinct acrobatique rare et une passion qui ne connaît pas de limite.

Photo Comité Régional Hauts-de-France Gymnastique

 

La nuit tombe doucement sur l’autoroute. Aux côtés de sa maman qui conduit, Elior Gallet-Dandre, 12 ans, parle de son entraînement. De ce qu’il va faire. De ce qu’il veut tenter. De ce qu’il peut améliorer. Direction Ostende, en Belgique, à 50 minutes de route du domicile familial. Un trajet parmi tant d’autres. Comme tous les jeudis. « À Grande-Synthe, le club où il est licencié, il n’y a pas de piste de tumbling » , explique Albane Dandre, sa maman, devenue il y a maintenant 3 ans son entraîneuse. « Alors on s’organise pour qu’Elior puisse s’entraîner dans de bonnes conditions et continuer à progresser. »

Un duo mère-fils qui s’est progressivement transformé, au fil des entraînements et des opportunités, en une trajectoire atypique et singulière. En une relation entraîneur-entraîné devenue aujourd’hui le socle d’un équilibre où les rôles se mêlent et s’ajustent entre exigence sportive et lien indéfectible.

Le tumbling comme une évidence

Tout a commencé dans le jardin familial. Depuis qu’il a 4 ans, Elior pratique la gymnastique artistique masculine au club de Grande-Synthe. Il commence par apprendre les bases de la gym et de l’acrobatie. Et puis le Covid arrive. « Pendant le confinement, je faisais tout le temps des flips dans le jardin », raconte-t-il. « Un jour, ma mère me parle du tumbling et me dit que je devrais essayer. » Il aime beaucoup l’acrobatie alors la proposition le tente. En 2022, il décide de se lancer. Pour voir. Sans forcément savoir de quoi serait faite la suite. « Je savais déjà faire des choses grâce à la GAM et le tumbling m’a tout de suite plu », sourit-il. Le début d’une nouvelle aventure qui, très vite, va prendre une tout autre dimension.

Le club de Grande Synthe ne disposant pas de piste, ses parents l’inscrivent alors à Boulogne-sur-Mer, à plus de 45 minutes de trajet. « Je suis de Boulogne et je savais qu’ils avaient une piste de tumbling alors on a décidé d’inscrire Elior là-bas la première année. On faisait le déplacement une fois par semaine » , éclaire la maman. « Ensuite, on a demandé au club de Grande-Synthe s’ils étaient d’accord pour ouvrir une section tumbling et ils ont accepté. Mais ils n’avaient qu’une piste d’Air Track. »

Des kilomètres pour continuer d’avancer

Si, lors de ses premières années de pratique, le matériel disponible à Grande-Synthe suffisait pour permettre à Elior de se familiariser avec le tumbling, sa progression fulgurante a rapidement montré les limites de l’Air Track.

Si lors de ses premières années de pratique, le matériel disponible à Grande-Synthe suffisait pour permettre à Elior de se familiariser avec le tumbling, sa progression fulgurante a rapidement montré les limites de l’Air Track. « Il a progressé très vite et l’Air Track ne suffisait plus. Alors on a cherché d’autres salles et c’est là qu’on a commencé à faire les allers-retours entre Grande-Synthe, Arques, à 50 minutes de route, et Ostende, en Belgique, à 1h de route », explique la mère de famille.

Le lundi à Arques, le jeudi à Ostende, le mercredi, vendredi et samedi à Grande-Synthe, les journées s’enchaînent. L’école, les devoirs, les entraînements, les retours tardifs, 22 heures passés parfois, et le lendemain, il faut recommencer. « Nous avons commencé à aller à Ostende l’année dernière, de temps en temps et pendant les vacances, et depuis cette année, on y va chaque jeudi. Et le lundi, nous allons à Arques depuis janvier 2026. Notre vie tourne beaucoup autour du tumbling » ,  reconnaît la mère de famille. « Mais on ne regrette pas du tout, il est investit dans son projet, il prend du plaisir dans ses entraînements, et c’est l’essentiel. » Une organisation construite autour d’Elior qui lui permet de continuer de progresser. De s’épanouir. De rêver grand. Et si sans piste à proximité, rien n’est simple, rien n’est impossible non plus.

Et si ce quotidien rythmé par les kilomètres et les entraînements peut sembler intense, c’est pourtant celui qui correspond aujourd’hui à Elior. Car il peut rentrer chez lui tous les soirs. Continuer d’aller au collège. Rester dans un environnement dans lequel il se sent bien, et où il peut continuer à grandir à son rythme. « Je trouve que c’est un peu tôt pour partir en pôle ou dans une autre structure. Là je suis chez moi, avec ma famille, et je suis très bien comme ça » , confie-t-il.

Une histoire à deux

Dans cette trajectoire singulière, il y a aussi une relation particulière entre sa mère et son fils. Sa mère, professeur d’EPS dans la vie de tous les jours, entraîneur GAF par le passé et passionnée de course à pied, a finalement retrouvé le chemin des gymnastes, mais différemment. « Je pensais avoir tourné la page avec la gym mais elle est revenue à moi » , sourit la mère de famille. « En fait, quand on a demandé s’il était possible d’ouvrir une section tumbling à Grande-Synthe, la présidente m’a dit oui sauf qu’il n’y avait pas d’entraîneur. Alors elle m’a dit : ‘si tu veux, tu peux entrainer Elior’. Et c’est comme ça que tout a commencé. » Et aujourd’hui, elle l’accompagne partout. Sur la piste, en compétition, sur la route. A l’entraînement, un petit groupe s’est également formé autour d’Elior, créant une nouvelle dynamique.

Pour pouvoir mener à bien le projet et accompagner Elior vers le haut-niveau, la mère de famille apprend. Se forme. En tant qu’entraîneur de tumbling bien sûr mais également en tant que juge. « J’ai aussi la chance de pouvoir côtoyer des entraîneurs nationaux donc ils me forment également en parallèle » , éclaire la maman. Une histoire atypique et singulière qui rend le parcours d’Élior encore plus incroyable. « Entraîner son enfant, ce n’est pas forcément évident, mais avec lui, ça fonctionne. » Parce qu’il écoute. Parce qu’il comprend. Parce qu’il en veut. Toujours plus.

L’instinct du mouvement

Chez Elior, il y a quelque chose d’instinctif. Un rapport au mouvement qui ne s’apprend pas vraiment. « J’adore l’adrénaline, la hauteur, l’acrobatie », dit-il. Dans les airs, il est chez lui. « Quand on lui dit quelque chose, il corrige tout de suite. Il sent où ça ne va pas ». Et surtout, il n’a pas peur. « Quand d’autres hésitent sur un salto ou un double salto, lui y va. » C’est ce qui fait rapidement la différence. « Petit dans les parcs, il n’avait déjà peur de rien » , se souvient d’ailleurs la maman.

Et puis, en plus d’être talentueux, Elior, du haut de ses 12 ans, est un vrai travailleur, avec cette envie permanente en faire plus. Alors à l’entraînement, il ne compte pas ses heures. « Il en ferait tout le temps si on le laissait faire » , glisse sa mère. Alors elle régule, le freine aussi parfois quand il faut. Pour le préserver. Sinon, lui, irait tout le temps. « Même malade, il veut y aller » , sourit-elle. Alors elle temporise. Encadre. Mais sans jamais éteindre ce qui fait sa force. Cet instinct. Cette envie. Cette manière d’entrer dans les airs sans se poser de questions. Une énergie brute, presque débordante, qu’il canalise sur la piste. Et quand la séance se termine, « il est presque triste que ce soit fini » , lance-t-elle. Car Elior est avant tout un passionné, porté par cette insouciance propre à son âge qui le pousse chaque jour à aller plus loin. Sans peur. Avec toujours cette même flamme qui ne le quitte pas. « Il prend toujours du plaisir à l’entraînement ».

Un plaisir à l’entraînement qu’il retrouve en compétition. « Il ne ressent pas de mauvaise pression » , glisse la maman. « Il aime cette adrénaline de la compétition. Et quand la compétition se termine, il est nostalgique. » Une approche du stress qui lui permet de se sublimer et de proposer en compétition ce qu’il fait de mieux à l’entraînement et, ainsi, de réaliser ses premiers résultats internationaux. Et souvent le plus jeune, il est toujours au niveau.

Sur le toit du monde

Après avoir remporté ses premiers titres aux championnats de France, il passe rapidement à l’étape supérieure en se confrontant à la concurrence internationale. En novembre 2024, pour sa toute première compétition internationale, il s’impose lors de la French Cup. En octobre 2025, il remporte l’argent dans la catégorie 11-12 ans à la Loule Cup. Un mois plus tard, en novembre, il est sacré champion du monde, à Pampelune, en Espagne, ex-aequo avec l’Azerbaïdjanais Sanan Rzazade. Impérial en qualifications, il avait su confirmer en finale pour s’offrir son premier titre mondial, se faisant ainsi une place parmi les meilleurs mondiaux de sa catégorie. Quelques mois plus tard, il remporte l’argent en équipe aux championnats d’Europe de Portimao, et se classe 5ème en individuel, avant de s’imposer à la fin du mois d’avril, dans sa catégorie, au Masters organisés à Saint-Etienne, présentant une double liaison, digne des grands. « Les juges, le public et les coaches sont venus le féliciter tellement il est incroyable » , se réjouit la maman.

Car oui, ses qualités sur la piste se confirment au fil des compétitions. Plus les échéances s’élèvent, plus il répond présent. Face aux meilleurs de sa catégorie, il continue d’impressionner par sa précocité, sa capacité d’adaptation et son aisance dans les airs. Pour poursuivre sa progression, il s’inspire aussi de ses aînés. Les Anglais, les Australiens, les Américains, il observe, s’inspire, puis essaie, ressent, reproduit.

Quant à l’après ? Après avoir réalisé les minima qualificatifs, sa prochaine grande échéance de l’année aura désormais lieu en novembre prochain, à Nanjing, en Chine, à l’occasion des championnats du monde par catégorie d’âge. Un rendez-vous majeur qui pourrait lui permettre de confirmer encore un peu plus son statut de favori.

Mais tout cela a un coût. Et si certains déplacements sont pris en charge par la fédération, celui-ci n’en fait malheureusement pas partie. « La fédération ne prend pas en charge quand ils sont jeunes et il pourrait ne pas pouvoir partir à cause du coût que ça représente » , regrette sa maman. Une cagnotte a donc été lancée afin de lui permettre d’être du voyage en Chine et pouvoir poursuivre son projet sportif dans les meilleures conditions possibles.  Car malgré son jeune âge, Elior semble déjà avancer avec une maturité et une détermination qui dépassent largement le cadre de sa catégorie. Derrière les titres et les résultats, il y a surtout un adolescent passionné, porté par une envie constante de progresser et de repousser ses limites.

Dans une discipline encore discrète, Elior trace sa route. S’il est encore trop tôt pour dessiner un destin, une chose est sûre, il avance plus vite que les autres. Par instinct. Par envie. Par passion. Un savant mélange qui signe le début d’une belle histoire et qu’il faut préserver. Et ceux qui le voient savent que quelque chose est là. Quelque chose de rare. Précieux. Et qu’il est déjà bien plus qu’un espoir. Il est une promesse.

 

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