Le gymnaste français Cameron-Lie Bernard a écopé d’une suspension de 22 mois après trois manquements aux obligations de localisation sur une période de douze mois.

Gros coup dur pour Cameron-Lie Bernard. Le gymnaste de 27 ans ne peut plus s’entraîner ni participer à des compétitions jusqu’au 27 août 2027, à la suite de trois manquements de localisation. « J’ai eu trois no-shows sur une période de quatre mois. On a le droit à deux manquements en douze mois, mais au troisième, la suspension est automatique », explique-t-il.
Les obligations de localisation imposent aux athlètes de renseigner quotidiennement leur lieu de présence afin de permettre des contrôles inopinés. Un cadre strict, parfois difficile à concilier avec un calendrier international dense. Inscrit depuis près de dix ans dans le système antidopage, le membre de l’équipe de France n’avait jamais été sanctionné auparavant. « Ça faisait neuf ans que j’étais sur la plateforme et je n’avais jamais eu de problème » , insiste-t-il. « Mais l’an dernier, j’avais énormément de déplacements, entre stages et compétitions, j’étais également en pleine formation DEJEPS pour devenir entraîneur et j’ai été un peu plus négligent sur certains points », confie-t-il.
Mais derrière ces manquements, il y a aussi eu des concours de circonstances malheureux. Le premier no-show est intervenu à la sortie d’une compétition, dans une période particulièrement dense. « C’était en rentrant de compétition. Avec tous les déplacements et les choses à gérer, je n’y ai pas prêté assez attention. C’est clairement un moment où j’ai été moins vigilant » , concède-t-il.
Le deuxième incident survient lors d’un déplacement international, alors qu’il participe à la coupe du monde de Koper, en Slovénie. Il affirme avoir rempli ses obligations mais évoque un dysfonctionnement technique qui n’a pas permis de mettre à jour l’intégralité de ses informations. « J’avais fait mes localisations en temps et en heure, mais elles n’ont pas été prises en compte à cause d’un bug de l’application. Des bugs courant avec Apple, qui sont connus mais malheureusement pas encore suffisamment prises en compte. Mon hôtel et la compétition étaient bien indiqués à Koper mais le lieu d’entraînement, lui, était resté en France, à Sotteville » , confie-t-il. Et faute à pas de chance, le contrôleur se présente à Sotteville, sans l’y trouver, puisqu’il était à Koper. « Comme je n’ai pas signalé immédiatement le problème, ça a été retenu comme un manquement. Mais pour moi, ils voyaient que j’étais en compétition à Koper et que je ne pouvais donc pas être à Sotteville. » Malgré une contestation et des éléments fournis, ce deuxième no-show est tout de même maintenu dans la procédure.
Le troisième manquement intervient en juin lors d’une rencontre amicale internationale qu’il dispute avec le collectif France. « On a changé de site entre un stage et la compétition mais les informations logistiques sont arrivées tard, ce qui fait que je ne les ai pas mises à jour tout de suite. Ce jour-là, en plus, il y a aussi eu une tempête et on n’avait plus de réseau pendant plusieurs heures ». Le contrôleur tente de le joindre, sans succès. « J’ai eu connaissance du message vocal plus tard, mais à ce moment-là, le contrôle était déjà considéré comme manqué. »
Une suspension sans contrôle positif
Ces trois manquements, enregistrés sur une période de douze mois, déclenchent alors automatiquement une procédure disciplinaire. Une procédure dont il a connaissance à l’automne dernier, juste avant de partir à Jakarta pour disputer les championnats du monde, ce qui l’empêche donc d’y participer.
À l’époque, lorsqu’il annonce son forfait sur son compte instagram, il reste évasif sur les raisons de son forfait. En fait, le Sottevillais venait de se voir notifier deux ans de suspension à cause de ses trois défauts de localisation. Ce jeudi 26 février, soit quatre mois après la première décision, il a vu, après examen du dossier, sa sanction réduite de deux mois (22 mois au lieu de 24) par l’ITA (International Testing Agency) qui a reconnu l’absence de dopage, mais a maintenu la responsabilité de l’athlète dans les manquements de localisation.
« Ils ont reconnu ma bonne foi et le fait que je n’étais pas dopé et qu’il n’y avait aucune volonté de ma part de manquer à mes obligations, mais ils ont considéré que ces manquements restaient de ma responsabilité. » La sanction est entérinée.
Privé de compétition et de son métier
Au-delà de l’arrêt de sa carrière sportive, la sanction a des conséquences immédiates sur sa vie professionnelle. Comme le prévoit la réglementation internationale, il ne peut plus exercer son métier d’entraîneur. « Je n’ai plus le droit d’entraîner ni de travailler dans un club. On me prive de mon métier et de mes ressources » , regrette-t-il. « Ça rend la situation encore plus difficile. » Titulaire des diplômes nécessaires pour entraîner, il exerçait jusque-là cette activité en parallèle de sa carrière. « On nous demande de préparer notre reconversion, de faire des études en parallèle de notre carrière sportive et du jour au lendemain, je ne peux plus exercer mon métier. »
Le gymnaste doit désormais envisager des alternatives professionnelles, notamment dans le coaching privé ou en dehors du milieu fédéral. « Je vais devoir trouver d’autres solutions pour vivre pendant cette période. Je n’ai pas le choix. »
Malgré la sanction et l’incertitude qui l’accompagne, le Normand s’efforce de maintenir un cadre et une discipline quotidienne. Privé d’accès aux salles d’entraînement de gymnastique, ne pouvant plus non plus monter sur les agrès, il suit un programme physique individuel pour préserver sa condition et préparer l’avenir. « Je continue à m’entretenir tous les jours chez moi pour garder une bonne forme physique. Je sais que ce ne sera pas suffisant pour retrouver mon niveau immédiatement mais c’est important pour moi pour conserver un rythme et rester dans une bonne dynamique », confie-t-il. Déterminé à revenir à la compétition à l’issue de sa suspension, il veut donc transformer cette période contrainte en phase de préparation. « Ce sera long mais je sais que je reviendrai. L’objectif, c’est donc de rester sérieux, de tenir dans la durée et d’être prêt le moment venu. »
Un retour à la compétition désormais envisageable qu’à partir de l’été 2027. Sa période d’inéligibilité ayant débuté le 27 octobre 2025, date à laquelle il avait accepté une suspension provisoire, elle ne prendra fin que le 27 août 2027.





