La gymnastique française est en deuil. Médaillé européen au sol et membre de l’équipe olympique aux Jeux de Londres en 2012, Gaël Da Silva est décédé ce mardi 26 mai dans un accident de la route. Il avait 41 ans.

Avec lui disparaît bien plus qu’un ancien gymnaste de haut niveau. C’est une figure marquante de toute une génération, un coéquipier respecté, un homme profondément apprécié et un père de famille dévoué qui laisse aujourd’hui un immense vide derrière lui.
Né à Vaux-en-Velin en décembre 1984, Gaël Da Silva aura incarné tout au long de sa carrière la persévérance, la détermination et le courage. Formé à Lyon puis passé par l’INSEP, il aura marqué la gymnastique française par son élégance, son engagement, sa résilience. Licencié à la Convention Gymnique de Lyon entre 1995 et 2004, il avait ensuite rejoint le club de Bourges, où il évoluera jusqu’en 2016. Même après avoir mis un terme à sa carrière de gymnaste de haut niveau en 2013, il avait continué à s’investir pleinement dans le développement du club, participant notamment à sa montée en puissance jusqu’à l’accession au Top 12 en 2015.
Coéquipier d’exception, il aura également marqué l’histoire de la gymnastique française en individuel sur les différentes compétitions nationales. Sacré champion de France au sol en 2008, 2011 et 2012, il remporta aussi plusieurs médailles aux anneaux, au saut, aux barres parallèles ou encore à la barre fixe entre 2007 et 2012.
2012, l’année de la reconnaissance où il remporta le bronze européen à Montpellier, avant de valider son ticket olympique pour les Jeux de Londres… ce ticket qui lui avait échappé à deux reprises en 2004 et 2008.
Un genou à terre mais jamais résigné
Huit ans plus tôt, en 2004, il voit en effet son rêve olympique se briser une première fois à cause d’une blessure au genou qui le prive des Jeux d’Athènes. Quelques semaines plus tard, un grave accident de moto manque même de lui coûter la vie. Alors qu’il est hospitalisé et enchaîne les opérations, beaucoup imaginent déjà la fin de sa carrière. Mais Gaël Da Silva refuse d’abandonner. En quelques mois seulement, il passe du fauteuil roulant à une reprise progressive de l’entraînement, porté par une volonté hors norme et ce tempérament de combattant qui deviendra l’une de ses signatures. Sa marque de fabrique.
Entraîné entre 2005 et 2012 à l’INSEP par Laurent Guelzec, Sébastien Darigade et Laurent Barbieri, il laisse le souvenir d’un gymnaste profondément apprécié de tous. « Gaël incarnait vraiment la joie de vivre. C’était quelqu’un de très joyeux, toujours souriant, toujours de bonne humeur » , se souvient Laurent Guelzec. « Mais c’était aussi un excellent gymnaste, un formidable acrobate qui apportait énormément à l’équipe. Dans un collectif, c’était le partenaire parfait, toujours prêt à aider les autres et à mettre une bonne ambiance. Humainement, c’était vraiment une très belle personne. »
Mais le destin s’acharnera encore. En 2008, à seulement quelques jours des Jeux Olympiques de Pékin, une rupture des ligaments croisés du genou droit vient une nouvelle fois briser son rêve olympique. Beaucoup auraient renoncé. Pas Gaël Da Silva. « Il avait une idée fixe : faire les Jeux Olympiques. Et malgré les blessures et les difficultés, il ne lâchait jamais. C’était quelqu’un de très courageux » , souligne son ancien entraîneur. Et le destin finira par lui donner raison. Quatre ans plus tard, au printemps 2012, il remporte la médaille de bronze aux championnats d’Europe de Montpellier. Une médaille qui représentait aussi bien plus qu’un podium. « C’était une vraie reconnaissance pour lui » , confie Laurent Guelzec. « À cette époque, il faisait partie des gymnastes français qui avaient obtenu des résultats par équipes mais qui n’avaient pas encore réussi à décrocher une médaille internationale individuelle. Il restait parfois un peu dans l’ombre de ceux qui étaient médaillés en individuel malgré son immense talent. Et lors de ces championnats d’Europe 2012, l’équipe de France avait traversé une compétition très difficile avec les blessures de Yann Cucherat et Samir Aït Saïd pendant la compétition, on n’avait pas pu terminer la compétition en équipe, mais Gaël a réussit à rebondir lors de la finale sol. Cette médaille de bronze était une immense récompense après toutes les blessures, tous les coups durs et toute la malchance qu’il avait traversée. » Son travail était récompensé et son talent était reconnu à sa juste valeur.
Un moment marquant de sa carrière, de son histoire, mais surtout une performance qui lui ouvrait enfin les portes des Jeux Olympiques de Londres. Aux côtés de Yann Cucherat, Hamilton Sabot, Pierre-Yves Beny et Cyril Tommasone, il contribuait à la belle huitième place des Bleus en équipe, frôlant également une finale individuelle au sol. « Sûrement le plus beau moment sportif de ma vie où malheureusement j’estime m’être fait voler une finale » , confiera-t-il sur sa page Facebook quelques années plus tard.
Un coéquipier, un ami, un pilier
Mais derrière le gymnaste olympien et le médaillé européen, ceux qui l’ont connu parlent avant tout d’un homme profondément humain, généreux et unanimement apprécié. « L’une de ses plus grandes qualités, c’était sa capacité à aider les autres, à toujours être présent pour ses proches. Il avait le coeur sur la main » , confie Thomas Bouhail, son ancien coéquipier et ami de longue date. « Tu pouvais l’appeler à n’importe quel moment, il arrivait sans poser de questions. Un homme extraordinaire, un ami fidèle et sans faille, et quelqu’un qui aimait profondément les siens. »
Les deux hommes avaient partagé bien plus que les entrainements et les compétitions. Colocataires pendant plusieurs années, ils avaient construit une amitié profonde au fil des stages, des voyages et des moments de vie. « Gaël restera pour moi un coéquipier hors pair. Il apportait une dynamique incroyable par sa force, son courage à l’entraînement, sa bonne humeur et sa volonté constante de progresser tout en faisant progresser les autres. Mais en parallèle, j’ai aussi des centaines de souvenirs avec lui, toutes les bêtises et les moments qu’on a pu partager ensemble… mais certains resteront entre nous » , glisse le médaillé olympique et mondial avant d’ajouter : « J’ai eu la chance de vivre avec Gaou. On était quasiment ensemble 24 heures sur 24, entre l’appartement et les compétitions où l’on partageait souvent la même chambre d’hôtel. Et il y a une anecdote qui me fait encore sourire aujourd’hui : je suis devenu maniaque à cause de lui (Rires). Il aimait que tout soit parfaitement carré, propre, ordonné, et il me faisait ranger ma chambre tous les jours. Finalement il m’a transmis ça. Aujourd’hui, je fais ranger mes enfants exactement comme il me faisait ranger ma chambre à l’époque. C’est un souvenir qui restera gravé en moi et on en rigolait encore ensemble quand on se voyait. »
Même émotion du côté de Yann Cucherat. « Gaou était un ami, un battant et un coéquipier hors pair. Il y a des personnes dont la présence illumine tout autour d’elles, il était l’une d’elles. D’une générosité absolue, il plaçait toujours l’équipe avant lui-même, prêt à se sacrifier. Dans un sport où l’exigence est totale, il était celui sur qui on pouvait compter. Il était le genre de coéquipier qu’on veut dans ses rangs et le genre d’ami qu’on garde dans son coeur pour toujours. »
L’ancien capitaine de l’équipe de France se souvient aussi d’un combattant, qui n’aura jamais cédé face au poids des épreuves. « Deux fois, le destin l’a brisé. En 2004, puis en 2008, des blessures cruelles qui lui ont volé son rêve olympique. Beaucoup auraient abandonné. Lui, il s’est relevé. Et en 2012, il a décroché cette qualification que personne n’avait autant méritée que lui. Il avait une force de caractère incroyable. Je garderai en moi l’image de cet homme joyeux, de ce sourire merveilleux qui ne demandait qu’à se donner. » Une générosité qui se partageait et qui faisait l’unanimité. Un homme lumineux.
Après avoir mis un terme à sa carrière en 2013, il était resté proche des gymnases, en continuant de matcher avec son club de Bourges jusqu’en 2016, puis en entraînant, notamment à Saint-Maur et Champigny, avant de rejoindre en 2025 Gymnova comme représentant technico-commercial. Une casquette qu’il portait avec toujours la même énergie et générosité. « Un jour, j’avais eu un problème avec une pièce pour les barres asymétriques et il nous avait dépanné. C’était quelqu’un de profondément humain. J’avais eu le plaisir à le recroiser quelques mois plus tard sur une compétition UFOLEP » , confie l’un de ses clients en région parisienne. « Il était toujours solaire, très avenant pour les clubs » , complète un agent de développement du comité de l’Essonne. Des témoignages qu’on pourrait récolter par dizaines.
Au-delà du sport, Gaël Da Silva était aussi un père et un mari aimant. Marié à l’ancienne gymnaste Camille Schmutz, olympienne en 2004, il était le père de trois enfants : Hugo, Jules et Lou. Jules qui participera aux championnats de France élite à Mulhouse les 6 et 7 juin prochains et qui aura à coeur de rendre un bel hommage à son père sur les agrès. « Ce qui me bouleverse le plus, c’est justement de voir sa femme et ses trois enfants avancer désormais sans lui, alors qu’il plaçait sa famille au-dessus de tout » , confie Thomas Bouhail.
Aujourd’hui, toute la gymnastique française pleure l’un des siens. Les messages d’hommage se multiplient sur les réseaux sociaux pour saluer la mémoire d’un gymnaste, d’un ami, d’un proche qui aura marqué son sport par son courage, mais surtout tous ceux qui l’ont côtoyé par son humanité, sa bonne humeur et sa générosité. « La disparition brutale de Gaël Da Silva plonge la gymnastique française dans une immense tristesse » , a réagi Dominique Mérieux, la présidente de la FFGym dans un communiqué. « La gymnastique française perd aujourd’hui un grand champion et un homme de coeur, parti beaucoup trop tôt. »
Spot Gym adresse ses sincères condoléances à la famille et aux proches.





