CALENDRIER DE L’AVENT
Que deviennent-ils ? Que deviennent-elles ?
Mercredi 17 décembre – Jour 17
À l’occasion du calendrier de l’Avent, Spot Gym vous propose de prendre des nouvelles des anciens et anciennes gymnastes qui ont raccroché les maniques. Une série de 24 histoires à découvrir chaque jour en exclusivité. Pour ce dix-septième jour du calendrier, direction la Côte d’Azur rencontrer Alexis Martin. Ancien porteur emblématique de la gymnastique acrobatique française, double finaliste mondial en duo mixte, il a fondé Seïros, une marque de justaucorps et de costumes sur-mesure. Créateur, entraîneur, chorégraphe, entrepreneur, il continue de faire briller la gymnastique. Autrement. Histoire d’une reconversion cousue au fil des années et des expériences.

Ancien gymnaste, Alexis Martin a troqué les praticables pour les croquis, les portés et les acrobaties pour les tissus et la scène pour l’atelier. Ancien porteur emblématique de la gymnastique acrobatique française, double finaliste mondial en duo mixte, il est désormais à la tête de Seïros, une marque de justaucorps et de costumes sur-mesure, pensée pour valoriser l’artisanat français. Créateur, entraîneur, chorégraphe, entrepreneur, il continue de faire briller la gymnastique. Autrement. Histoire d’une reconversion cousue au fil des années et des expériences.
Alexis Martin a déjà connu 1000 vies. Car il fait partie de ces personnes qui se réinventent à chaque obstacle. Chaque fait de vie. Sans jamais flancher même si parfois, il aurait pu. Flancher.
Originaire de Haute-Garonne, il découvre la gymnastique très jeune, sous l’impulsion de son père, alors entraîneur. Il débute en gymnastique artistique masculine à Saint-Gaudens, avant de bifurquer vers le tumbling à l’adolescence. L’alchimie est immédiate et les résultats suivent rapidement, avec un titre de champion de France junior dès sa première année en 2010. Mais trop grand pour le tumbling, il est contraint d’abandonner.
C’est alors qu’une rencontre va tout changer. Lors d’une démonstration près de Toulouse, il croise Ludivine Furnon, médaillée de bronze au sol aux championnats du monde de Sabae en 1995 et championne d’Europe, au sol toujours, en 2000 à Paris, désormais reconvertie dans le monde de l’artistique. En s’amusant à faire des portés avec ses copines d’entraînement dans une piscine, elle lui propose d’en faire un tous les deux. Une photo est prise, elle fait le tour des réseaux sociaux et finit par atterrir sur le bureau du club de Bois-Colombes, l’un des meilleurs clubs GAC de l’époque.
Thomas Feragutti, entraîneur à Bois-Colombes, le contacte lui expliquant qu’il cherche un porteur pour une voltigeuse pour les Championnats du monde organisés à Orlando, dans moins d’un an. Alexis n’hésite pas une seule seconde. Lui qui a toujours rêver de parler la tenue de l’équipe de France. À 17 ans, il quitte le Sud pour Paris, découvre une nouvelle discipline et progresse à une vitesse vertigineuse.
Quelques mois plus tard, il se qualifie in extremis pour les Mondiaux avec Sophia Lamari et se classe 9ème. Une performance exceptionnelle pour un duo qui ne se connaissait pas quelques mois plus tôt.
La suite s’écrit à Antibes. Alexis change de partenaire et forme alors, avec Camille Curti, aujourd’hui entraîneure, l’un des duos mixtes les plus marquants de l’histoire tricolore. Finalistes mondiaux seniors à Levallois, qualifiés pour les Jeux Européens de Bakou, ils entrent tous les deux dans l’histoire en devenant le premier duo mixte français à atteindre une finale mondiale senior.
Puis tout s’arrête brutalement. Après les Mondiaux de Levallois, tout s’effondre. Le haut-niveau en gymnastique acrobatique n’est plus reconnu par l’Etat et le duo qu’il forme avec Camille Curti s’arrête, Camille étant victime d’une paralysie faciale. L’histoire se brise. « Plus de duo, plus de Jeux Européens, plus rien » , confie-t-il.

Une fois encore, Alexis refuse d’abandonner. Il reconstruit un duo avec Chloé Gherardi. Mais à nouveau, le sort s’acharne. Il souffre du dos et apprend qu’il est atteint de plusieurs hernies discales. « À l’époque, j’en avais déjà trois ou quatre » , explique-t-il. Traitements, infiltrations, mésothérapie, malgré les douleurs, il continue. Le duo participe à une Coupe du monde à Püurs et décroche son ticket pour les Mondiaux. Direction la Chine, où ils se classent 6èmes, Alexis devenant par la même occasion le seul porteur français à avoir disputé deux finales mondiaux seniors avec deux voltigeuses différentes.
Mais le corps finit par dire stop. Son dos est de plus en plus douloureux, trop abîmé pour continuer. Le médecin lui dit que s’il continue, il finira en fauteuil roulant. Mais lui, veut encore y croire. C’est finalement Chloé, à tout juste 15 ans, qui pose les mots justes, avec la maturité du coeur. « Elle me dit : on arrête tout, je ne veux pas avoir ta santé sur la conscience. » Alexis respecte. Il comprend. Dans le fond, même s’il voulait encore aller plus loin, il sait qu’elle a raison. La fin d’une époque. Il a 22 ans.
Il aurait pu s’effondrer mais non, comme toujours, il préfère transformer les coups durs en tremplin. Resté à Antibes, il entame une école de commerce. Sauf qu’il n’est pas fait pour les cadres figés. Il est fait pour créer. Un père de gymnaste le met en relation avec le gérant d’une plage privée XXL à Antibes, version californienne, avec trapèze volant, animations sportives, kids club. Il est d’abord animateur sportif, avant de devenir assistant manager de toute la structure. Il est heureux. Épanoui.
Mais une tempête met fin à cette parenthèse ensoleillée. La plage est détruite par le vent et la pluie. L’histoire ne s’arrête toutefois pas là. Son patron, satisfait de son travail, lui propose un autre poste, cette fois-ci dans l’événementiel d’entreprise. Mais finalement la casquette finira pas être trop étriquée. Il tourne en rond, alors en parallèle, il lit, se forme, réfléchit. Et puis surtout, la gymnastique finit par lui manquer. Ça tombe bien, car son dos commence à se rétablir doucement.
Il reprend donc l’acro, mais cette fois pour le spectacle. Pas de pression, juste du plaisir. Il forme un duo artistique avec Manon, la sœur de Camille Curti, son ancienne voltigeuse. Lors d’une prestation à Lyon, chez Paul Bocuse, il fait une rencontre déterminante qui va tout changer. En 2019, on lui propose un CDI dans une société mêlant événementiel et arts du cirque. il accepte et un nouveau monde s’ouvre à lui.
Mais en 2020, nouveau coup dur ! Il pensait être tranquille avec son dos sauf qu’une hernie explose. Cette fois-ci, l’opération est inévitable. Il est alors alité pendant un mois et demi et les médecins lui annoncent qu’il a huit hernies sur la colonne. Le cirque et les portés sont finis pour lui. Fin de scène.
De la scène à l’atelier
Pendant sa convalescence, il s’occupe des enfants lors d’évènements grand luxe et il apprend le graphisme. Mais quelque chose l’attire, comme un aimant. La costumerie. Et le jour où il décide de pousser la porte, il retrouve un univers qui lui plaît. Il y passe du temps. Observe. Apprend. Imagine même.
Fin 2023, il décide d’entraîner bénévolement aux côtés de Camille Curti, son ancienne partenaire avec qui l’histoire s’était arrêtée bien trop tôt quelques années plus tôt. Il créé des chorégraphies et se sent de nouveau à son place. Dans son élément. C’est là que lui vient une idée. Et s’il lançait sa propre marque ? L’idée germe, puis prend racine et courant 2024, il fonde avec une costumière, Seïros, une marque de justaucorps et de costumes sur-mesure à destination des disciplines artistiques, de la gymnastique acrobatique en passant par le patinage artistique et le tumbling. Leur première collection fait sensation. Tout est fait main et le savoir-faire à la française est sublimé. Du vrai travail d’orfèvre. Alexis s’occupe des dessins, des tissus, des strass, du contact client. Emma, de la confection. Tout est parfaitement ficelé, jusqu’à ce qu’Emma annonce son départ. Alors Alexis reprend tout. Il apprend. Encore. Il fédère un réseau d’artisans français autour de lui et il relance la production. Mieux encore, il gagne en précision, en qualité. Aujourd’hui, Seïros est à 100 % entre ses mains.
En parallèle, il continue de s’épanouir en gymnastique acrobatique en continuant d’entraîner, militant pour une gymnastique bienveillante.
Et si aujourd’hui, il a troqué le justaucorps pour les croquis, la création, l’entraînement, son feu intérieur, lui, n’a pas changé. Il vit mille vies à la fois. Et derrière chaque tenue qu’il conçoit, il y a toujours cette petite étoile qui scintille, discrète mais si puissante. Car Seïros est son miroir, avec cette étoile, si précieuse, qui le guide depuis tant d’années. Une étoile forgée dans les chutes, les défis, les rebonds, les victoires. Une étoile qui, peu importe où elle se pose, ne cesse de briller. Tout comme ses justaucorps qui finalement permettent à chaque athlète qui les portent de se sublimer.





