Aujourd’hui, notre tour des clubs nous emmène à Pontarlier, en Franche-Comté. Ancien pensionnaire du pôle de Lyon et membre du collectif France junior, Louis Michelot avait mis un terme à sa carrière à l’automne 2019, à seulement 17 ans. Blessures, lassitude et perte de motivation l’avaient poussé à tourner la page du haut niveau prématurément. Six ans plus tard, désormais âgé de 23 ans, le voilà de retour dans un gymnase, avec de nouveaux objectifs en tête.

Spot Gym : On t’avait quitté « jeune retraité », on te retrouve six ans plus tard de nouveau sur les agrès, tu es de retour ?
Louis Michelot : Oui j’ai recommencé à m’entraîner à l’automne dernier. Après une longue pause, ça a commencé à me titiller et me revoilà (Rires).
Peux-tu revenir sur les circonstances de ton arrêt à l’époque ?
J’ai décidé d’arrêter le haut-niveau et de quitter le pôle de Lyon, où je m’entraînais depuis 2013, à l’automne 2019. J’avais des problèmes aux genoux et j’en avais un peu marre. Je ne trouvais plus forcément la motivation… je m’entraînais 30 heures par semaine, j’étais souvent remplaçant, j’allais sur mes 18 ans, et à l’époque j’ai eu besoin de couper totalement. Ce n’était pas une décision prise sur un coup de tête car ça faisait un moment que les choses s’accumulaient mais elle s’est quand même faite assez brutalement. Du jour au lendemain, je suis parti.
Qu’as-tu fait après cet arrêt ?
Je suis rentré chez mes parents, à Pontarlier, et j’ai complètement coupé avec la gym. Je pense qu’il m’a fallu presque deux ans avant de pouvoir remettre les pieds dans un gymnase. Juste avant de quitter le pôle, j’avais entamé un bac pro commerce, normalement ça aurait dû se faire en alternance mais avec les entraînements, ce n’était pas possible, du coup quand je suis rentré chez moi, j’ai pu le faire en alternance et aller au bout du projet.
Ensuite, je suis entré dans la vie active. J’ai fait plusieurs métiers, notamment pisteur-secouriste pendant plusieurs années. L’hiver sur les pistes de ski, l’été sur les pistes de VTT de descente. C’était génial ! Je viens d’un milieu montagnard et pendant mes années à Lyon je ne pouvais pas vraiment en profiter, ça me manquait beaucoup. Après mon arrêt, je suis revenu tout naturellement vers la montagne, et, côté sport, je me suis mis au trail et aux sports d’endurance. Rien à voir avec la gym (Rires) !
Comment la gymnastique est-elle revenue dans ta vie ?
Depuis août 2025, je passe mon diplôme pour devenir entraîneur de gym. Le fait de revenir dans une salle, d’enseigner, de transmettre… remonter sur les agrès m’a titillé ! La gym, ça reste toute ma vie. C’est quelque chose qui est en moi. À l’époque, j’ai eu un trop-plein mais la coupure m’a fait du bien. Aujourd’hui, j’entraîne dans mon club d’origine, à Pontarlier, là où j’ai commencé la gym en 2008. Et j’adore transmettre.
Et la reprise à l’entraînement, comment s’est-elle passée après six ans d’arrêt ?
Franchement, je suis étonnamment surpris. Plusieurs personnes m’ont d’ailleurs envoyé des messages après avoir quelques vidéos de mes entraînements sur les réseaux, pour me féliciter d’avoir déjà retrouver ce niveau-là après 6 ans d’arrêt total. Après, j’avoue qu’au début, physiquement, c’était quand même dur ! J’avais gardé les jambes grâce au trail, donc au sol et au saut j’avais de la puissance, en revanche, j’avais perdu beaucoup de masse musculaire sur le haut du corps. Je me suis donc fait un programme de préparation physique pour retrouver de la musculature dans le haut du corps, et ça revient plutôt bien. Je suis vraiment content.

Tu t’entraînes à quel rythme aujourd’hui ?
Cette année, je n’ai pas de rythme défini car comme je suis en formation pour les cours sur Besançon, tout dépend de mon emploi du temps, qui est assez variable. Mais entre les cours sur Besançon, mon travail d’entraineur sur Pontarlier et les entraînements que je cale entre tout ça, mon emploi du temps est chargé ! Je n’ai pas le temps de m’ennuyer.
Mais cette année, mon objectif est surtout de retrouver des sensations, de progresser, de me faire plaisir sur les agrès. L’année prochaine, j’aurai plus de temps car je ne serai plus en cours et je me fixerai d’autres objectifs. Mais là, je veux vraiment profiter de la gym plaisir, travailler de nouveaux éléments, sans avoir à devoir tirer complet pour les compétitions.
Tu envisages malgré tout un jour de refaire de la compétition ?
Cette année, j’ai fait une compétition départementale. Elle était organisée dans mon club et je trouvais ça symbolique de faire mon retour là où tout a commencé. Mais je n’en referai pas d’autres cette saison car je ne veux pas brûler les étapes. J’ai arrêté pendant 6 ans et la gym impose beaucoup de contraintes physiques. Je n’ai pas envie de me dégoûter comme ça a pu arriver par le passé. Je préfère prendre le temps. Et surtout, cette sensation de progresser, de travailler de nouveaux éléments, c’est quelque chose qui avait fini par me manquer à l’époque. Là je m’éclate et c’est vraiment cool.
Y a-t-il des agrès où tu te sens différent par rapport à avant ? Peut-être meilleur qu’avant ou moins bon qu’avant ?
Au sol, clairement, je me sens plus fort. J’ai plus de puissance qu’avant grâce au trail et à mon métier de pisteur-secouriste. Mais j’ai aussi dû travailler sur un blocage au sol. Lors de ma dernière année au pôle, j’avais fait un accident sur un double salto avant. Je suis tombé sur la tête. Pendant longtemps, dès que je partais en rotation avant, je me revoyais chuter sur la tête. Aujourd’hui, ça va mieux, j’ai pris le temps de reprendre les bases et je me suis rendu compte que c’était hyper important de retravailler les fondamentaux. Et surtout, on se rend compte que finalement, on est nombreux à souffrir de blocages en gym. On peut voir ce qui est arrivé à Simone Biles pendant les Jeux Olympiques de Tokyo. Ça peut arriver même aux meilleures gymnastes du monde.
Et sur les autres agrès, comment sont les sensations ?
Donc au sol et au saut, ça revient bien. Aux arçons, c’est un peu plus dur aujourd’hui mais ça commence à bien revenir aussi. Je retrouve de bonnes sensations. Aux barres parallèles, c’est là que je me débrouille le mieux. C’était de toute manière déjà mon agrès fort à l’époque. Et les anneaux, j’ai repris cette semaine !

Pourquoi avoir attendu avant de refaire des anneaux ?
J’avais perdu trop de masse musculaire sur le haut du corps, alors j’avais besoin d’en choper à nouveau (Rires) ! Je me suis donc d’abord bien préparé physiquement et là j’ai pu reprendre tranquillement.
Et la compétition, ça ne te manque pas trop ?
Si bien sûr, car j’aime la compétition ! Même si aujourd’hui je suis plus dans le plaisir, mon instinct de compétiteur est toujours bien présent. Du coup, l’année prochaine j’envisage de retrouver progressivement le circuit élite. L’objectif serait de participer à la revue d’effectifs pour ensuite tenter de me qualifier pour les championnats de France élite. Car honnêtement, je préfère être 15ème ou 20ème aux championnats de France élite que premier en National par exemple. Ça m’attire plus. C’est mon âme de compétiteur qui parle (Rires).
Et puis je suis actuellement en discussion avec un club pour éventuellement concourir en Top 12 la saison prochaine, tout en gardant mon rôle d’entraîneur à Pontarlier. Les choses reviennent petit à petit, et les opportunités peuvent être plutôt sympas.
On sent une certaine maturité dans ton discours, cette maturité qui te manquait peut-être à l’époque ?
Aujourd’hui, je ne tiens plus le même discours qu’avant. Je vois les choses différemment. J’ai grandi. J’ai pris du recul. À l’époque, il y a eu un trop plein. Je me suis retrouvé à bientôt 18 ans à me poser plein de questions. Je passais tout mon temps dans un gymnase, on était un peu coupé de la « vraie » vie et j’étais souvent remplaçant. À un moment, on se demande à quoi ça sert de faire tout ça ? À quoi va ressembler notre avenir ? Car on ne peut pas vivre de la gym, encore moins quand on ne sort pas sur les grandes compétitions internationales.
Quand j’étais en avenir et en espoir, j’étais régulièrement sur les podiums. Lucas Desanges et Léo Saladino, qui sont de la même année que moi (2002), étaient mes principaux concurrents. Quand je suis passé junior, c’est devenu plus compliqué pour moi. Au moment de la croissance, j’ai grandi d’un coup et ça a engendré des problèmes au tendon rotulien. Ça m’a beaucoup fait galérer, et le ras-le-bol a commencé à s’installer. J’ai décroché quelques sélections France en junior sur des matchs U16 et U18 mais je n’ai jamais fait de grosses compétitions. Je me souviens quand j’avais été nommé remplaçant pour le match à Houston, ça m’avait mis un coup ! Mais je peux m’en prendre qu’à moi, j’étais moins bon, la sélection était logique. Mais à 15-16-17 ans, ça lasse à force. Et en parallèle de tout ça, je ne prenais plus de plaisir à l’entraînement, je n’étais pas forcément très bien dans ma tête et arrêter a été la meilleure solution pour moi. Je ne regrette pas. Ça correspond à une période de ma vie.
Après j’ai eu la chance de vivre de supers années en tant que pisteur secouriste, j’ai profité de la montagne, je me suis épanoui dans mon travail, dans le trail, et maintenant je reviens à la gym, ce sport qui a marqué toute ma jeunesse. Ce sport qui fait partie intégrante de ma vie depuis toujours, même si à un moment, je ne voulais plus en entendre parler. Là, j’ai repris la gym avec envie, sans pression excessive, je suis dans de bonnes dispositions et je pense que ça fait toute la différence.

Et l’équipe de France, c’est un objectif ?
Non ! Enfin, c’est surtout que pour viser ça, il faut le niveau ! Bien sûr que si j’ai l’opportunité, ce serait génial, mais je n’ai plus le niveau, je suis lucide. Aujourd’hui, j’ai une vision différente. Je veux trouver l’équilibre entre mon métier d’entraîneur et ma pratique personnelle. Si je peux matcher en élite et me faire plaisir, ce sera déjà énorme.
Propos recueillis par Charlotte Laroche





