Notre tour des clubs nous emmène à Boulazac en Dordogne, à la rencontre de Baptiste Brotier. Entre les gymnases et les studios d’animation, il mène une double vie peu commune. À 26 ans, il vient de participer à la deuxième place de Boulazac lors des championnats de France DN1 à Amiens, synonyme d’un possible retour en Top 12. Mais derrière le gymnaste se cache aussi un passionné de dessin animé, travaillant notamment sur des productions cultes du petit écran.

Spot Gym : Quelques jours après la deuxième place aux championnats de France DN1, quel regard portes-tu sur la compétition ?

Baptiste Brotier : Franchement, c’était une super compétition. On ne s’attendait vraiment pas à terminer deuxièmes. Quand on regardait les compositions des autres équipes, on imaginait plutôt une quatrième ou cinquième place, alors forcément, quand on a compris pendant la compétition qu’il y avait peut-être quelque chose à aller chercher, ça a créé énormément d’émotions.

Comment avez-vous vécu la compétition ?

C’était intense ! On a démarré aux barres parallèles. Jonathan a ouvert avec un de ses meilleurs mouvements et sort une très belle note. Derrière, il y a eu quelques petites erreurs mais les gars ont quand même réussi à sauver les mouvements et à limiter les dégâts. Ensuite, on part directement à la barre fixe qui est l’un de nos gros agrès.

Moi, mon rôle, c’était un peu de proposer une note de base solide pour permettre aux autres de passer plus libérés. Je passe en premier et je réussis mon mouvement. Derrière, les jeunes de l’équipe, Ruddly et Julien, réussissent leurs complets et leurs lâchers, puis Alphonce termine avec un énorme mouvement et une sortie pilée. Ça nous a permis d’être vraiment bien lancés dans la compétition.

À quel moment avez-vous commencé à croire au podium ?

Après le sol, notre troisième agrès, on a entendu au micro qu’on était deuxièmes ou troisièmes. Forcément, ça motive encore plus ! Ensuite, on arrive sur les arçons et les anneaux, nos deux agrès forts, et on réalise le meilleur total points de la compétition.  Là, on a commencé à sentir qu’il y avait peut-être quelque chose à faire.

Vous arriviez à vous détacher du classement pour rester concentrés sur votre compétition ?

On essayait de ne pas les regarder. Dès les parallèles, certains regardaient un peu les notes qui tombaient donc avec Julien Montaigut, le coach, on a essayé de recentrer tout le monde sur la compétition. Il fallait qu’on reste concentrés sur ce qu’on avait à faire. Mais c’est vrai qu’on a commencé à regarder davantage les classements à partir du saut, notre dernier agrès, quand on a compris que le podium devenait possible.

Comment avez-vous vécu l’attente des résultats avec l’équipe ?

L’attente a été interminable (Rires) ! À la fin du saut, on se retrouve à la première place provisoire, mais derrière, il fallait attendre les notes de Tremblay et Montceau. Le site des résultats mettait énormément de temps à s’actualiser donc on était un peu tous dans le flou, surtout que vu l’écart de points avec Montceau, on pensait qu’une de leur note avait été oubliée. Et finalement, notre juge est arrivé et nous a annoncé qu’on était sur le podium  et qu’on étais deuxièmes…  Là, c’était énorme !

Dans quel état d’esprit avais-tu abordé la compétition ?

Très sereinement. C’était ma dernière compétition de la saison et je savais que j’étais prêt. Je voulais surtout réussir mes mouvements pour le club et pour l’équipe. Cette année, il y avait vraiment une super dynamique collective, avec les jeunes qui ont fait un super travail.

En parallèle de la gymnastique, tu évolues dans le milieu dessin animé, deux domaines totalement différents, à quoi ressemble ton quotidien ?

C’est vrai que ce sont deux univers complètement différents et que ça nécessite une bonne organisation, mais j’y arrive. Il y a des journées où je passe d’un studio d’animation à un gymnase dans la même journée, mais finalement les deux se complètent bien. La gymnastique demande énormément de rigueur et dans mon métier aussi il faut être très précis. Mais mon quotidien n’est jamais le même, je partage mon temps entre la Charente et la Dordogne.

Que fais-tu exactement ?

Je fais du compositing, c’est un peu la dernière étape avant la diffusion d’un dessin animé. On récupère tous les éléments de l’image et on les assemble pour créer le rendu final. C’est un travail très minutieux, très technique mais aussi très créatif.

Comment es-tu arrivé dans cet univers ?

À la base, je voulais plutôt partir vers l’architecture, mais il me manquait le côté créatif que je cherchais. Quand j’ai découvert l’univers de l’animation, je me suis tout de suite dit que c’était ce que je voulais faire et j’ai fait les études pour pouvoir ensuite évoluer dans ce métier.

Aujourd’hui, sur quels dessins animés travailles-tu ?

Je travaille par exemple sur Oggy et les Cafards et Zig & Sharko. Actuellement, je travaille sur la nouvelle saison d’Oggy et les Cafards qui passera dans quelques mois à la télévision.

Ce n’est pas toujours évident de mener un double projet, comment t’es-tu organisé ?

J’ai toujours essayé de trouver un équilibre. Pendant mes études déjà, j’avais réussi à maintenir entre 15 et 20 heures d’entrainement par semaine grâce à certains aménagements d’emploi du temps. J’ai toujours réussi à trouver un club dans lequel je me sentais bien pour pouvoir mener mon double projet. Aujourd’hui, j’ai aussi la chance de pouvoir faire du télétravail ce qui me permet d’adapter mon emploi du temps. Quand je travaille en studio sur Angoulême, je m’entraîne à Cognac, et quand je suis en télétravail sur Périgueux, je m’entraîne à Boulazac. Je n’ai pas le temps de m’ennuyer.

Tu es arrivé à Boulazac en 2023, avant, quel a été ton parcours ?

Ça fait 20 ans que je fais de la gymnastique. J’ai commencé en Charente, à Jarnac, un peu par hasard. À la base, je faisais du judo mais j’adorais faire des roues partout donc mes parents m’ont inscrit à la gym. Ensuite, à l’âge de 18 ans, je suis parti sur Bordeaux pour mes études et j’ai rejoint le club de Bègles. C’est là que j’ai vraiment progressé. À Bègles, c’était la première fois que je me retrouvais dans un groupe avec des gymnastes de mon âge et plus forts que moi, donc ça m’a énormément poussé et ça m’a permis de passer un cap. J’y ai passé de très belles années.

Pourquoi rejoindre ensuite Boulazac ?

À ce moment-là, beaucoup de choses changeaient à Bègles. Mon entraîneur partait, certains de mes coéquipiers arrêtaient et puis j’avais toujours eu envie de découvrir le Top 12, alors quand Julien m’a proposé de les rejoindre, je n’ai pas beaucoup réfléchi et j’ai tout de suite accepté. Le club m’a très bien accueilli et depuis, je m’y sens vraiment bien.

En 2024, Boulazac était relégué en DN1, aujourd’hui le club a la possibilité de remonter en Top 12 après sa 2ème place en DN1, ça représente quoi pour toi ?

C’est super gratifiant. On était descendus il y a deux ans face à La Madeleine qui performe aujourd’hui en Top 12, donc retrouver potentiellement cette division, ce serait magnifique ! D’autant plus qu’on a obtenu ce résultat uniquement avec des gymnastes formés en club, sans étrangers, donc c’est une vraie fierté pour nous d’avoir réussi à faire ce résultat de cette manière.

Comment vois-tu la suite désormais ?

Tous les ans je me pose un peu la question, est ce que je continue ? Est-ce que je ralentis ? Mais avec une saison comme celle-là, forcément, l’envie revient encore plus ! J’ai envie de revivre ce genre de moments avec l’équipe. Et si le club valide la montée en Top 12, ce sera une motivation supplémentaire. Je suis très fier du groupe, très fier des jeunes et très heureux d’avoir rejoint Boulazac. Le club m’a donné sa chance et j’espère pouvoir encore vivre beaucoup de choses ici.

Propos recueillis par Charlotte Laroche 

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