Il y a des villes que beaucoup ne savent pas forcément situer sur une carte et où, pourtant, il s’invente des choses brillantes. Dans le milieu de la gymnastique, le club d’Avoine-Beaumont, situé sur la commune de Beaumont-en-Véron en Indre-et-Loire,  fait partie de ces lieux où le talent se transforme en histoire. C’est ici que, derrière les portes closes du gymnase et en toute discrétion, s’est construit un élément qui a marqué l’histoire : le Nemour.

Ancienne juge internationale désormais juge pour le club d’Avoine-Beaumont, Camille Rey décrypte la construction d’un mouvement rapidement devenu mythique.

Spot Gym : Comment s’est construit le Nemour ? 
Camille Rey : Il a été entièrement pensé par Marc Chirilenco, l’entraîneur de Kaylia, qui est un excellent technicien. En voyant les facilités de Kaylia aux barres sur ce genre de lâcher et sur les engagés serrés, et en s’inspirant de la GAM, notamment des lâchers de Thierry Aymes (ancien international français désormais entraîneur NDLR), Marc a pensé a cet élément. Ensuite, ils l’ont travaillé ensemble avec Kaylia.

Quelles ont été les démarches à effectuer pour que l’élément rentre dans le code de pointage et qu’il porte le nom de Kaylia Nemour ? 
Une fois l’élément travaillé et acquis, Marc Chirilcenco m’a envoyé des vidéos de Kaylia en train de le réaliser afin d’avoir mon oeil de juge sur la validation de l’élément et sur ce qu’il serait bon de demander comme valeur (et sur l’évaluation que l’on pourrait en espérer), à savoir une G ou une H. Après être également venue plusieurs fois sur Avoine, mon rôle a été de rédiger la demande de validation à la FIG, un document spécifique qui vise à décrire l’élément en français et en anglais, d’indiquer la valeur qu’on voudrait lui voir attribuée, le nom qu’on veut lui donner, etc. Notre demande a été formulée avant les championnats d’Afrique et était complétée d’une vidéo. Ensuite, la commission technique féminine de la FIG en a discuté et la validation a été donnée une fois qu’ils sont arrivés à Pretoria pour la compétition. Nous avions fait une demande en H, l’élément a été validé en G. Actuellement, la difficulté la plus grande en barre est G. S’il avait été accepté en H, le Nemour aurait pu être le tout premier élément en H.

Beaucoup ne perçoivent pas la différence avec le Nabieva que réalise par exemple Mélanie De Jesus Dos Santos dans son enchaînement, quelle est la différence entre ces deux éléments ? 
La différence demeure dans l’approche de l’élément. Le Nabieva se fait du pied main à l’ATR (qui est une C) ce qui donne plus de balancé et de puissance sachant que les pieds sont posés sur la barre. Kaylia le fait de l’engagé (stalder serré à l’ATR qui lui est une D) ce qui implique que ses pieds ne touchent pas la barre. Elle ne peut donc pas utiliser ses pieds et la puissance que cela peut lui donner pour passer ensuite en katchev au-dessus de la barre. C’est sur ce point que réside la principale différence et qui change toute la difficulté. Kaylia étant également grande, ça lui demande une très très grande amplitude pour pouvoir passer en katchev tendu au dessus de la barre en le faisant de l’engagé serré.

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Quel regard portez-vous sur son enchaînement aux barres ? 
C’est un très bon mouvement et particulièrement remarquable avec très peu de bascules équi ce qui limite les fautes d’exécution. C’est un mouvement avec beaucoup de rythme et d’amplitude. Sa sortie avec l’engagé valse double tendu, c’est également sa patte. Cette sortie réalisée en liaison la rend très difficile et très impressionnante techniquement. Le Nemour et cette sortie sont les deux points forts de son mouvement qui la caractérisent. Si son mouvement est fait comme il doit l’être, elle part donc sur une note de départ de 7,2. C’est à ce jour elle qui a la meilleure note de départ au monde. Mais si son Derwael-Fenton est dévalué, ce qui est déjà arrivé en compétition (notamment aux championnats du monde), elle perd alors 0,2 sur sa note de départ qui passe alors à 7.

Propos recueillis par Charlotte Laroche 

 

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