À quelques heures de leur entrée en lice aux Championnats d’Europe de Zagreb, les Bleus abordent la compétition avec sérénité, envie et ambition. Si la qualification pour les prochains Championnats du monde constitue un premier passage obligé, l’équipe de France masculine vise surtout la qualification en finale équipe, avec également en toile de fond, la construction du collectif en vue des Jeux Olympiques de Los Angeles 2028.

Quelques jours après les féminines, place aux masculins à Zagreb, en Croatie. Et ce sont les seniors qui vont entamer la compétition ce mercredi, avant l’entrée en lice des juniors demain. Kevin Carvalho, Leeroy Traoré-Malatre, Naël Sakouhi, Melwin Touchais, Pierre Cassam Chenaï et Benjamin Osberger, aligné en individuel, évolueront dans la troisième et dernière subdivision, aux côtés des Pays-Bas, de la Grande-Bretagne, de la Suisse, de l’Italie, de l’Allemagne, de la Suisse, de la Finlande, de la Croatie, de l’Autriche, de la Pologne, de l’Azerbaïdjan et du Danemark. Une subdivision relevée, avec les principaux concurrents directs dans la course à la finale.
Pour assurer leur qualification aux prochains Championnats du monde de Rotterdam, les Français devront d’abord terminer par les treize meilleures nations. Mais leur principal objectif est ailleurs. “Le principal objectif, c’est d’atteindre la finale par équipe. Bien sûr, il faut déjà entrer dans les treize premières nations pour se qualifier pour les Mondiaux, mais notre réel objectif est d’intégrer la finale équipe et de terminer parmi les huit premiers” , explique Kevin Carvalho, le plus expérimenté de cette équipe de France, ici à Zagreb. “Il faut toujours garder l’équipe en ligne de mire. Si on est bons collectivement, si on devient meilleurs par équipe, on aura aussi davantage de chances d’aller chercher des finales individuelles” , souligne Thierry Aymes, l’entraîneur national. Car oui, la montée en puissance du collectif passera par la montée en puissance des individualités aussi, et c’est toute la feuille de route qui s’est mise en place depuis plus d’un an maintenant et qui va dans ce sens.
Un collectif renouvelé
À Zagreb, en l’absence de Léo Saladino et Anthony Mansard, tous deux blessés, l’équipe de France présente un visage largement inédit au niveau senior. Pour les cinq gymnastes engagés dans l’épreuve par équipe, ces Championnats d’Europe seniors seront une première. Un groupe qui n’arrive toutefois pas sans expérience, plusieurs de ses membres ayant déjà connu de grandes échéances internationales dans les catégories juniors. Kevin Carvalho possède quant à lui déjà l’expérience des Championnats du monde seniors. Seul Benjamin Osberger, aligné en individuel (les nations engagées dans la compétition par équipe ayant la possibilité d’aligner un gymnaste supplémentaire en individuel, NDLR), a déjà participé à des Championnats d’Europe seniors.
Une configuration qui n’enlève en rien à l’expérience déjà accumulée par chacun, mais qui donne forcément à ce rendez-vous une saveur particulière pour une grande partie du collectif. Un collectif qui se présente d’ailleurs à Zagreb avec la gnaque de cette première fois européenne, portée par beaucoup d’envie et de détermination. “Les points forts de cette équipe, ce sont l’envie et le travail. Ils ont énormément travaillé et ont vraiment envie de montrer que c’est une belle équipe” , livre Thierry Aymes. Et puis ce rendez-vous continental chez les seniors doit aussi permettre à ce collectif remanié de prendre de nouveaux repères à ce niveau et de poursuivre sa progression commune. Zagreb représentant ainsi à la fois un objectif à part entière et une nouvelle étape dans une construction beaucoup plus large.
Une sélection construite autour du collectif au terme d’une préparation longue et structurée
Le processus de sélection s’est inscrit dans cette volonté de composer l’équipe la plus compétitive possible. Quatre tests ont été organisés cette saison. Le premier à Blagnac au mois d’avril, le deuxième lors des Championnats de France élite, le troisième à l’occasion du match France-Italie et le dernier à l’INSEP au mois de juillet. La moyenne des deux meilleures performances de chaque gymnaste a ensuite été faite pour composer le collectif.
Mais les notes finales n’ont pas été les seuls éléments observés. Le staff tricolore a également pris en compte les difficultés présentées, le progression des gymnastes et leur implication dans le projet commun. “C’est la note finale qui a été décisive pour composer l’équipe. Mais après les Championnats de France, nous avons aussi légèrement remanié le groupe des douze. Il y a les Championnats d’Europe, les Jeux Méditerranéens, les Championnats du monde, mais aussi tout le travail quotidien que l’on doit fournir en vue de l’objectif de l’année prochaine. Les notes de départ entraient donc évidemment en compte pour intégrer ce collectif de douze. On a regardé la note de départ, la note finale, mais aussi les garçons qui sont dans une démarche de progression et d’investissement” , éclaire l’entraîneur national. Une manière de penser au présent, mais aussi à la suite, avec l’objectif de faire grandir un groupe capable d’aller chercher, à terme, cette qualification olympique par équipe.
Une longue préparation qui s’est conclue par une semaine de stage à Bourges et qui a aussi permis aux gymnastes de multiplier les temps de travail en commun, de construire de nouveaux automatismes et de créer progressivement une vraie dynamique de groupe. Une cohésion devenue l’une des forces de cette équipe. “Nous avons beaucoup travaillé ensemble ces derniers temps, ce qui nous a permis de nous rapprocher. Il y a vraiment une très bonne entente, il y a une vraie envie de réussir et je pense qu’on a toutes les cartes en main pour réaliser une très belle compétition” , estime Kévin Carvalho.
Le staff a également cherché à reproduire au maximum les conditions auxquelles les Français seront confrontés à Zagreb. Pendant plusieurs semaines, les gymnastes ont suivi un programme calqué sur celui qui les attend ce mercredi, afin de s’habituer au rythme de la journée, aux temps d’attente et à la gestion de l’effort. Et les derniers repères ont ensuite été pris lors de l’entraînement podium. “On a réalisé un bon entraînement podium. Il y a eu quelques erreurs, mais elles ont été corrigées lors des passages suivants. C’était donc plutôt positif” , complète Kevin Carvalho. “On était concentrés sur nos passages, sur ce qu’on avait à faire, sans forcément regarder ce que faisaient les autres équipes, on a pris nos marques sur les agrès, et on est prêts.”
De quoi aborder les qualifications avec confiance. Mais pour aller chercher le Top 8, les Français devront se montrer solides le jour J. L’entraînement podium permet aussi d’observer un peu la concurrence et de se faire une première idée de la hiérarchie. “Il y a deux nations qui me paraissent au-dessus, les Britanniques et les Russes, et derrière il y a les Suisses, les Allemands, les Italiens, les Pays-Bas, les Espagnols, nous. À partir de la troisième place, cela risque vraiment de se jouer dans un mouchoir de poche“, analyse Thierry Aymes. “Au niveau des notes de départ, les équipes sont assez similaires. La différence se fera d’abord sur la réussite et sur la qualité du travail. Je pense que les huit équipes qui feront le moins de fautes seront les huit équipes qualifiées pour la finale.” Aux Bleus désormais de réussir à reproduire en compétition tout le travail réalisé ces dernières semaines.
Benjamin Osberger, retenu en individuel
En complément des cinq gymnastes engagés dans l’épreuve par équipe, Benjamin Osberger, qui confirme son retour après sa lourde blessure au genou contractée au printemps 2024, a été sélectionné pour évoluer en individuel, aux arçons. Un choix effectué à l’issue des différents tests de sélection. Le Français est celui qui s’est le plus rapproché du quota fixé par le staff, à seulement cinq centièmes de l’objectif demandé. Derrière lui, Alan Moullec était à un dixième du quota au saut et au sol.
« Nous avons donc retenu celui qui était le plus proche des quotas imposés pour se qualifier pour ces Championnats », explique Thierry Aymes.
Une fin de saison particulièrement dense
Les Championnats d’Europe terminés, les Bleus vont basculer dans une nouvelle séquence de préparation particulièrement chargée. Et le programme annoncé par Thierry Aymes laisse peu de place au répit. Dès le retour de Zagreb, une partie du collectif repartira rapidement pour les Jeux Méditerranéens. Dans la foulée, l’ensemble du groupe se retrouvera à nouveau ensuite en stage, avec en ligne de mire la dernière sélection pour les Championnats du monde.
Un match France-Angleterre viendra ponctuer cette préparation, avant un nouveau retour dans les structures respectives des gymnastes pour quelques jours. Puis le collectif se retrouvera pour un stage de préparation pour Bercy. Ensuite, les gymnastes repartiront en stage à Cherbourg, avec un groupe qui sera progressivement resserré à l’approche des Championnats du monde. Thierry Aymes détaille d’ailleurs un processus de sélection par étapes, avec treize gymnastes, puis dix et enfin neuf à l’issue du stage de Cherbourg. L’équipe retenue pour les Mondiaux et ses remplaçants se retrouveront ensuite à Rotterdam pour un dernier stage. Un tour avec les Pays-Bas est notamment prévu dans leur centre national avant le début des Championnats du monde. Un véritable bloc de préparation qui se dessine jusqu’à Rotterdam. Un calendrier dense et millimétré qui traduit aussi la volonté du staff de multiplier les temps de travail en commun. “Cette cohésion nous rendra plus forts. C’est le travail en commun, la cohésion et l’implication de tout le monde dans le programme qui feront que nous deviendrons meilleurs” , explique Thierry Aymes.
Mais d’abord, il y a Zagreb, où les Bleus n’arrivent pas simplement avec l’idée d’assurer leur billet pour Rotterdam. Ils veulent franchir un cap et confirmer tout le travail réalisé ces derniers mois. Sereins, soudés, conquérants et déterminés, ils ont désormais toutes les cartes en main pour livrer une belle compétition et lancer de la meilleure des manières cette nouvelle étape de leur projet collectif. Début des qualifications, ce mercredi 19 août, à 17h30.





