Des mouvements rapides sans jamais s’arrêter, de l’intensité, des sauts, des éléments acrobatiques, de la souplesse, de la force et une chorégraphie exécutée au rythme de la musique. L’aérobic est une discipline particulièrement complète mais aussi encore méconnue. À l’occasion des Championnats du monde, Spot Gym vous propose de découvrir ce qui se cache derrière une routine et de comprendre comment les gymnastes sont évalués.

Maya Saez, et Clémentine Schaeffer. Photo Maeva et ses photos / Spot Gym
1. Quels sont les différents formats de compétition ?
Avant de parler de notes, il faut savoir que l’aérobic se pratique sous plusieurs formats. En individuel, les gymnastes évoluent en solo masculin ou féminin. Il existe également le duo qui doit être exclusivement mixte, ainsi que le trio et le groupe, qui peuvent être féminins, masculins ou mixtes. À l’international, deux autres formats existent : l’aérodance et l’aérostep, qui se pratiquent à huit. Deux disciplines que l’équipe de France ne pratique pas à l’international, ces dernières étant trop éloignées de la gymnastique de part l’absence d’acrobaties.
2. Une routine, ça dure combien de temps ?
Ne vous fiez pas à la durée relativement courte d’un passage. Chez les seniors, une routine dure entre 1 min 20 et 1 min 30. Chez les juniors, elle ne dépasse pas 1 min 25. Un peu plus d’une minute, donc. Mais une minute durant laquelle les gymnastes ne s’arrêtent jamais, les impacts au sol devant être permanents et le rythme très soutenu. Une routine d’aérobic, c’est donc un effort intense du début à la fin.
3. Comment se calcule la difficulté d’une routine ?
Dans une routine, les gymnastes présentent différents éléments auxquels correspond une valeur de difficulté. Chez les seniors, celle-ci va de 0,30 à 1 points. Les valeurs de chaque élément sont ensuite additionnées pour obtenir un total de difficulté. Plus la routine comporte d’éléments difficiles, plus ce total est donc susceptible d’être élevé. Une note de difficulté qui est calculée sur les 8 meilleurs éléments en senior, les 7 meilleurs en junior.
Mais en aérobic, ce total n’est pas directement reporté dans la note finale. Le calcul dépend aussi du format dans lequel évolue le gymnaste. En solo comme en duo, la somme des difficultés est ainsi divisée par deux. Pour les trios et les groupes, le calcul varie ensuite selon leur composition. C’est d’ailleurs l’une des particularités de l’aérobic : le total des difficultés est soumis à un diviseur, dont la valeur change selon la catégorie. Pour un solo masculin ou féminin, un duo mixte, un trio masculin ou un groupe masculin, le total est divisé par 2. Pour une formation mixte, le diviseur est de 1,9, tandis qu’il descend à 1,8 pour un trio ou un groupe féminin.
Et cette différence n’est pas anodine. Plus le diviseur est faible, plus la note de difficulté obtenue est élevée. Avec un total de six points de difficulté, une formation divisée par 2 obtient ainsi 3 points, contre environ 3,16 avec un diviseur de 1,9 et 3,33 avec un diviseur de 1,8.
La composition d’un groupe peut donc entrer dans la réflexion stratégique. À total de difficulté égal, une formation féminine bénéficiera d’un calcul plus favorable qu’une formation mixte ou masculine. Mais ce choix ne se résume évidemment pas à une simple opération mathématique : il faut aussi tenir compte des éléments que chaque gymnaste est capable de réaliser, de leur niveau de maîtrise et de la capacité du groupe à les exécuter ensemble. Mais le diviseur ne fait pas tout. Une formation 100 % masculine peut aussi prendre le dessus sur une formation mixte si elle parvient à proposer un contenu de difficulté suffisamment élevé. Les Chinois en sont un parfait exemple : malgré un diviseur de 2, leurs groupes masculins peuvent cumuler des difficultés d’un tel niveau qu’ils restent devant leurs concurrents au classement final.
Composer un groupe, c’est donc chercher le meilleur équilibre entre difficulté, exécution et composition.
4. L’exécution : faire les difficultés, mais surtout bien les faire
La difficulté ne fait pas tout. Une routine possède également une note d’exécution, qui part sur 10 points. Et cette note diminue à chaque faute. Une pointe de pied, une erreur technique, une chute entraînent des déductions. Dans les épreuves collectives, il faut également ajouter un élément essentiel : la synchronisation. À plusieurs, il ne suffit donc pas de réussir les mêmes mouvements, il faut les réussir au même moment !

5. Et l’artistique dans tout ça ?
C’est probablement l’une des particularités les plus importantes de l’aérobic. Car la note ne repose pas uniquement sur la difficulté et l’exécution : l’artistique compte également sur 10 points. Elle est elle-même divisée en cinq critères de deux points :
- La musique : les juges évaluent notamment la qualité du choix musical et la relation entre la musique et la chorégraphie. Le morceau doit aussi être adapté à l’âge et à la catégorie de l’athlète.
- Le contenu aérobic : il s’agit notamment de toute la partie chorégraphique (les pas, les coordinations et les mouvements qui donnent son identité à la routine).
- Le contenu général : ici, les juges regardent notamment l’utilisation de l’espace. En solo, le/la gymnaste doit occuper le praticable et aller chercher différentes zones du terrain. Les transitions et certains mouvements au sol entrent également en compte. Dans les épreuves collectives, les collaborations entre gymnastes sont également valorisées. Les groupes et trios doivent en présenter au minimum trois.
- Le contenu artistique : c’est la capacité à raconter quelque chose à travers la chorégraphie. Le thème choisi, la musique et les mouvements doivent former un ensemble cohérent.
- La performance : enfin, il y a tout ce qui relève de la présence de l’athlète. Le charisme, l’énergie, la qualité du mouvement, l’attitude et la capacité à transmettre quelque chose au public et aux juges.
6. L’originalité et l’artistique, les forces françaises
La France ne figure pas nécessairement parmi les nations qui dominent la difficulté. En revanche, elle possède une vraie carte à jouer sur le plan artistique. Lors des Mondiaux juniors, Inès Thulliez a notamment obtenu 9,3/10 en artistique, soit la meilleure note de la catégorie.
Cette capacité à proposer des routines originales constitue d’ailleurs l’une des caractéristiques françaises. La France cherche aussi à sortir des codes attendus, notamment dans ses choix musicaux, tout en conservant les exigences propres à la discipline.
7. Pourquoi l’aérobic est-il une discipline aussi complète ?
C’est peut-être finalement ce qui définit le mieux l’aérobic. On y retrouve le côté acrobatique de la gymnastique, la dimension dansée de la gymnastique rythmique, beaucoup de souplesse, de la force, de l’intensité, mais aussi des éléments issus de la gymnastique acrobatique lorsqu’il s’agit des portée. Le tout avec une contrainte essentielle : ne jamais s’arrêter. Et c’est justement ce mélange qui fait la richesse de la discipline. Pendant une minute trente, les gymnastes doivent être capables de tout faire : bouger vite, être précis, puissants, souples, synchronisés, mais aussi raconter quelque chose.
Au bout du compte, comprendre l’aérobic, c’est aussi comprendre tout ce que les gymnastes doivent réussir à réunir en une seule routine : la difficulté pour impressionner, l’exécution pour ne rien laisser échapper et l’artistique pour donner du sens à l’ensemble. Trois dimensions différentes mais une même exigence : être performant jusqu’à la dernière seconde !
La compétition peut désormais commencer…






