Festival Jogging : quand la gym, le patinage et l’art se rencontrent aux cotés de Surya Bonaly

La patineuse Surya Bonaly et l'artiste Pierre Larauza

La championne de patinage artistique Surya Bonaly était en conférence lors du Festival Jogging organisé la semaine dernière à Paris. Si elle est devenue célèbre pour sa carrière en patinage artistique et notamment son salto arrière sur la glace, elle a également pratiqué la gymnastique artistique et le tumbling à haut-niveau. Au Carreau du Temple, une oeuvre, créée par l’artiste belge Pierre Larauza, lui était consacrée. Rencontre croisée avec une championne et un artiste documentariste.

Au croisement entre l’art et le sport, le Festival Jogging 2023 s’est déroulé pour sa troisième édition au Carreau du Temple, dans le troisième arrondissement de Paris. Ce cadre d’exception a reçu les oeuvres d’artistes contemporains s’étant intéressés au sport et à l’olympisme. Sculptures, photographies, jeu immersif, les oeuvres exposées ont la particularité d’être participatives. Elles invitent le public à dialoguer de façon unique de l’art et du sport.

Parmi les sculptures exposées, l’une attire l’attention. Il s’agit de 20 février 1998, Nagano, réalisée par Pierre Larauza, un artiste contemporain belge. Sensible au sport, le sculpteur se considère documentaliste : « au lieu de faire un travail photographique ou filmique, moi je fais de la sculpture ». Une manière bien à lui de décrire le réel. Cette sculpture exposée dans la Halle de Temple, représente sur sept mètres de long la figure culte d’une star du patinage artistique, « le Bonaly », un salto arrière sur glace réalisé lors des JO de 1998 par Surya Bonaly, pourtant interdit par le règlement.

Dix fois Championne de France, cinq fois Championne d’Europe et triple vice-Championne du Monde, Surya Bonaly a marqué l’histoire du patinage et reste aujourd’hui la patineuse la plus connue par le grand public de par ses résultats bien sûr, à commencer par sa participation à trois olympiades avec une quatrième place à Lillehammer en 1994, mais aussi par sa différence : une athlète au style gymnique unique et aimant le show. Elle est d’ailleurs la première femme à avoir tenté des combinaisons de sauts et des quadruples rotations en compétition. Mais tout cela n’est pas dû au hasard, puisque la patineuse a fait de nombreuses années de gymnastique durant son enfance, dès l’âge de trois ans. 

Elle nous livre son histoire étonnante avec la gymnastique : « Ça a commencé par une journée incroyable. Nous étions allées au centre de tennis pour m’y inscrire, mais je n’ai pas été prise, parce que j’étais trop petite. Nous avons repris la voiture avec ma mère qui m’a dit ‘ ce n’est pas grave on va trouver autre chose’. À quelques kilomètres plus loin, à Antibes exactement, nous sommes entrées au club de gym et ils m’ont dit ‘superbe, bienvenue, elle peut commencer dès aujourd’hui’ », raconte Surya Bonaly, dont la mère, professeur de sport, lui a fait goûter un grand nombre de disciplines sportives et l’a suivie durant toute sa carrière. C’est au club de Juan les pins qu’elle pratique la gymnastique jusqu’à ses dix-sept ans, en passant par Grasse, un grand centre national où elle rencontre l’entraîneur national Eric Hagard qu’elle présente comme un grand professeur : « C’est lui qui m’a enseigné toutes les bonnes valeurs et les éléments pour devenir une championne de gym et de tumbling, comme le salto arrière », confie-t-elle.

Surya Bonaly, médaillée mondiale en tumbling
Surya Bonaly est une patineuse de renom, mais avant cela, c’est une gymnaste talentueuse qui a décroché deux médailles mondiales en tumbling en 1986 : « Le tumbling, c’était bien car c’était un sport qui n’était pas connu. Il m’a permis d’avoir des médailles, mais le souci, c’est que vous n’avez rien à la sortie. Il y a trente ans un gymnaste qui remportait des médailles, se faisait très vite oublier, tandis qu’aujourd’hui, les gymnastes ont le cirque du soleil pour se reconvertir par exemple », regrette-t-elle. C’est ainsi que Surya Bonaly se destine davantage pour le patinage artistique, mais elle gardera toujours la gymnastique comme le marqueur fort de son style de patinage : « La gymnastique, ça fait partie de ma vie et je pense que ça m’a donné de bonnes bases que j’ai gardées pendant longtemps », déclare-t-elle complétant, « ça m’a différenciée des autres patineuses. La gym est complémentaire avec le patinage, mais on travaille différemment, avec d’autres muscles. Ça fait un plus, un tout. Quand on fait du sport, il est important d’être solide, d’avoir des bases et des sensations différentes ». 

Voilà comment à treize ans, en 1986, la même année que ses titres de tumbling, Surya Bonaly réalise pour la première fois un salto arrière arrivé en arabesque, un saut périlleux interdit dont elle est l’inventrice. Le challenge, c’est le mot qu’elle considère la décrire au mieux et pour cause. Lors de sa dernière olympiade signant sa fin de carrière, la Française se blesse à quelques jours des Jeux. Il était trop tard pour déclarer forfait, elle se dit qu’elle tenterait le tout pour le tout, c’est à dire réaliser ce salto sur la glace quoi qu’il en coûterait. « C’était ma dernière compétition, je faisais déjà partie des vieilles. Je me suis dit ‘je sais faire le salto, pourquoi pas le faire. C’est maintenant ou jamais, je n’ai qu’une minute pour, au moins, laisser ma signature’. J’avais envie de graver cette image à jamais dans la tête des juges, du monde du patinage et des sportifs en général. Je pensais que peut-être, le patinage aurait évolué d’une façon à voir cet élément dans un programme »,  se remémore Surya Bonaly. Cet élément jugé surement trop difficile et dangereux, n’a toutefois jamais été intégré dans le règlement. Il aura au moins contribué à la notoriété de la patineuse aujourd’hui entraîneur, installée à Las Vegas et consultante dans différents pays.  

Pierre Larauza, artiste belge qui avait déjà créé des oeuvres recréant le mouvement sportif, comme le saut en hauteur de Dick Fosbury, s’est penché sur la performance de la patineuse française. Et c’est en 2019 que le projet nait lorsque le sculpteur contacte la patineuse : « J’ai reçu un appel d’un numéro bizarre, ce n’était pas français, pas américain. Ça venait de la Belgique. Ça me paraissait bizarre, mais je l’ai gardé. Il semblait tenir debout et ne pas être un charlatan. Ce projet me tenait à coeur et je trouvais sympa de voir comment étaient mêlés le sport et l’art », raconte Surya Bonaly.

Pierre Larauza cherchait un mouvement à reconstituer qui puisse être intéressant à la fois sur le plan esthétique et dans le message : « J’ai réfléchi pendant des mois, jusqu’au jour où j’ai eu cette sensation d’avoir trouvé le mouvement que je voulais reconstituer et qui est plus fort encore que ce que j’imaginais », avoue le sculpteur qui ajoute, « en me documentant, j’ai compris que ce mouvement était beau, que c’était un exploit physique, physiologique, mais qu’il était aussi un message porteur de valeurs qui font déplacer le public encore aujourd’hui pour rencontrer Surya qui est l’incarnation de beaucoup de valeurs humaines et sportives ».

Surya Bonaly a montré qu’entre gymnastique et patinage il n’y a qu’un pas. C’est ainsi qu’à l’initiative du comité de Paris quatre gymnastes rythmiques de GRS Paris Centre ont animé la sculpture, proposant des démonstrations au ruban s’entremêlant dans l’oeuvre de l’artiste.

En bref, une collaboration réussie qui satisfait aussi bien les spectateurs que le modèle : « Je suis fière et contente surtout. Je remercie Pierre ; je pense qu’il a passé des heures et des heures à la faire. C’est un casse-tête chinois pour trouver comment ça peut tenir et comment le mouvement peut-être réalisé », explique Surya Bonaly. Pierre Larauza avec la sculpture 20 février 1998, Nagano a remis sous la lumière un sport qui perd en visibilité médiatique, alors qu’il était tant apprécié au temps des grands athlètes comme Surya Bonaly.

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