La Fédération Française de Gymnastique (FFG) a voté l’autorisation du port du short en compétition pour les gymnastes féminines. Une étape significative vers une plus grande inclusion dans le monde de la gymnastique. L’UFOLEP avait déjà voté cette mesure par le passé. Des changements qui s’amorcent, bousculant alors certaines habitudes bien ancrées. Aussi bien en France qu’à l’étranger.

Photo Greg W et Alexandre S

C’est le début d’une nouvelle ère. Traditionnellement, les tenues de gymnastique ont souvent été perçues comme strictement codifiées, avec des exigences précises concernant les justaucorps. Mais depuis quelques années, ces dernières évoluent. Avec comme première étape, l’apparition du justaucorps dit académique, une combinaison recouvrant les bras et les jambes, autorisé depuis des années, démocratisé en gymnastique rythmique mais encore très peu porté en France en gymnastique artistique. L’an dernier, une équipe du club de la Légion Saint Pierre de Brest s’était présentée en compétition avec ce type de justaucorps, créant alors la surprise. À l’international, les gymnastes allemandes avaient quant à elles ouvert la voie aux championnats d’Europe en avril 2020 et aux Jeux Olympiques de Tokyo en août 2021. Des exemples qui restent néanmoins des exceptions.

Une avancée en FFG
Désormais, c’est une nouvelle étape qui vient d’être franchie en France avec l’autorisation du port du short, à condition qu’il ne dépasse pas dix centimètres de long à partir de l’entrejambe, sur toutes les compétitions organisées par la Fédération française de gymnastique, du plus petit au plus haut niveau. « Toutes les gymnastes féminines (…) ont la possibilité de porter un short court lors des compétitions fédérales de tous les niveaux de pratique et à toutes les étapes du circuit compétitif » , écrit l’instance fédérale dans sa dernière lettre en date du 20 janvier et adressée aux clubs.

Cette mesure, portée par Dominique Mérieux, présidente de la Fédération française de gymnastique et première femme à diriger l’instance, s’inscrit dans un mouvement plus large vers l’inclusion et l’égalité dans le sport. Elle permet également de répondre aux préoccupations de nombreuses gymnastes qui se sentent plus à l’aise et plus en confiance pour pratiquer leur sport, permettant ainsi aux athlètes de se concentrer sur leur performance plutôt que sur leur tenue.

Une décision qui concerne la gymnastique artistique féminine, la gymnastique rythmique, la gymnastique acrobatique, l’aérobic, le trampoline et le tumbling, et qui met donc fin à la pénalité de 0,3 points en cas du port de celui-ci.

Lettre FFG autorisant le port du short. Capture d’écran FFG

Depuis l’annonce de cette nouvelle réglementation, l’information a fait le tour des médias. « L’autorisation du short, une petite révolution dans la gymnastique française » titre Le Monde, « Quand la gym française se met en short » écrit-on du côté de L’Equipe ou encore « Dans une gymnastique très codifiée, l’autorisation du short met fin au « mythe de la petite poupée« , peut-on lire sur Le Figaro. 

Dans les clubs, cette évolution du point de réglementation est dans l’ensemble très bien accueillie. « Il était temps » , « Enfin les choses bougent« , « Une sacrée avancée » peut-on lire sur les réseaux sociaux. « Je vais enfin pouvoir arrêter de me prendre la tête à vérifier si mes règles ne tombent pas pendant mes compètes« , lance Julie, licenciée dans un club alsacien. « On a souvent des gymnastes qui arrêtent la gym à l’âge de la puberté à cause du justaucorps, donc je pense que le fait de porter un shorty va permettre de conserver certaines de nos licenciés plus longtemps. C’est toujours rageant de se dire qu’une de nos filles arrêtent à cause d’un justaucorps » , complète une entraîneur qui préfère rester anonyme.

Si la nouvelle est dans son ensemble très bien accueillie, comme pour tout, elle ne fait pas non plus l’unanimité, bousculant des habitudes bien ancrées. « Pour moi, c’est le commencement à du n’importe quoi » , écrit Colette sur Facebook. « On va commencer par le short, le leggings… Faut arrêter ». Mais rares sont les avis réellement tranchés. Certains étant plus nuancés, saluant l’avancée significative qu’elle représente. « Je trouve ça bien pour les filles qui sont vraiment mal à l’aise avec leur corps mais je trouve que ça dénature aussi un peu l’esthétique de notre sport » , livre une entraîneur d’un club francilien. « Le fait d’être en justau, je trouve que ça aide aussi à s’assumer, à se sentir belle, à avoir confiance. C’est bien pour les niveaux intermédiaires d’avoir ce choix, pour toutes celles qui pratiquent pour le plaisir, mais pour le haut-niveau, je préfère sans. »

« Pour toutes les problématiques autour des fuites urinaires d’effort, les premières règles, la puberté, c’est une vraie avancée » , analyse Virginie du CEP Poitiers. « C’était quelque chose de vraiment problématique pour certaines et le fait de pouvoir porter un shorty en compétition permet de les libérer d’un poids, c’est vraiment génial de ce point de vue là. Il fallait prendre une telle mesure. Mais visuellement, c’est vrai que ça coupe la ligne du justaucorps. Je préfère les académiques par exemple. »

Les Allemandes ont concouru en académique aux Jeux Olympiques de Tokyo. Photo IMAGO / Bildbyran

Sur les plateaux, quelle est la tendance ? « Depuis que c’est autorisé, nos gyms ne portent pas forcément le shorty » poursuit Virginie. « Elles savent qu’elles ont le choix et savent qu’elles peuvent le porter, mais beaucoup ont aussi l’habitude de porter le justaucorps en compétition, car ça fait partie de la culture de notre sport. Mais le fait d’avoir le choix les rassure. » D’autres équipes ont déjà pris le pli. « Il y a moins de tabou maintenant, c’est un soulagement pour certaines de pouvoir porter le shorty. Si ça permet à nos gyms de se sentir mieux, alors c’est le principal », complète Cédric, un autre entraîneur. Et d’ajouter : « Bientôt, plus personne n’y prêtera attention, mais pour le moment c’est encore nouveau. »

Le port du shorty déjà autorisé en UFOLEP
En UFOLEP, l’une des autres fédérations où il est possible de pratiquer la gymnastique, le porte du short est quant à lui autorisé depuis deux ans maintenant. Dix même en Île-de-France où l’expérimentation avait débuté. Les règles concernant le port de celui-ci sont également plus souples. « Pour les filles, possibilité d’un bas moulant sans restriction de longueur aux couleurs du justaucorps ou par défaut noir sans texte, sans strass ou paillettes (marque autorisée) », indique le règlement. Et au sein d’une même équipe, toutes les gyms ne sont pas obligées d’en porter. Shorty, legging, cycliste, aucune règle n’a également été définie quant à la longueur de celui-ci, qui reste à l’appréciation de la gymnaste.  « Le fait de vouloir porter un shorty ou un legging en compétition est quelque chose de propre à chacune. Certaines gyms sont plus à l’aise avec un short, d’autres non. Chacune est donc libre d’en porter ou non » , éclaire Aurélie Pailler, membre bénévole de la commission nationale sportive gymnastique, référente communication.

La genèse de cette évolution est née de la volonté de mettre fin à une certaine stigmatisation. Avant lorsqu’une gymnaste avait ses règles, elle devait prévenir les juges pour ensuite être autorisée à porter un shorty, sauf que, indéniablement, dans ces cas-là, tout le monde savait alors que la jeune fille avait ses règles. Une situation qui pouvait créer une véritable source de stress voir même un réel mal-être pour les jeunes filles.

« Mais ce n’était pas facile au début, il a fallu faire évoluer les mentalités, tous n’étaient pas d’accord » , ne cache pas Aurélie. « Beaucoup craignaient que celui puisse gêner le jugement, sauf que l’académique était déjà autorisé et les jambes étaient couvertes. Avec un shorty ou un legging, on peut voir si une jambe est pliée. »

Malgré l’autorisation, toutes ne portent pas de short. En réalité, short ou pas short, désormais, c’est rentré dans les moeurs et chacun a le libre arbitre d’en porter ou non. « Il y a encore plus de 50% des gymnastes qui concourent en justaucorps. Et pour celles qui en portent, les gens n’y prêtent même plus attention » , lance Aurélie. Une liberté qui correspond aux valeurs de l’UFOLEP que prône cette fédération.

Depuis l’annonce de la FFG, la FSCF a également fait évoluer son règlement en autorisant le port du shorty en compétition dans un avenant en date du 7 mars 2025, se basant sur les mêmes caractéristiques qu’en FFG (longueur, couleur, tissu, inscriptions).

Photo Greg W et Alexandre S

Et chez les masculins ?
Du côté des masculins, les choses commencent à bouger aussi. Si les féminines ont la possibilité de couvrir en partie ou totalement leurs jambes, du côté des masculins, la règlementation a également déjà évolué en UFOLEP. « Le léotard n’est plus obligatoire » , informe Aurélie. « Pour les garçons, en bas sokol ou short de gymnastique, en haut léotard, débardeur ou tee-shirt moulant aux couleurs du club » indique le règlement de la première fédération sportive multisports de France. « Nous sommes partis du principe que puisque le règlement avait évolué pour les féminines permettant une plus grande souplesse dans le choix de la tenue, il pouvait aussi évoluer pour les masculins.

Dans le haut-niveau, un Américain casse les codes
Lors de la Winter Cup qui s’est déroulée du 21 au 23 février à Louisville aux Etats-Unis, Frederik Richard, membre de l’équipe américaine médaillée de bronze aux Jeux de Paris quelques mois plus tôt, a tapé un grand coup. Exit les traditionnels sokol et léotard, il a opté pour une tenue qui rappelle celle portée par les joueurs de basket avec un short plus long porté au-dessus d’un legging, et surtout un débardeur qui n’est plus moulant comme pouvait l’être le léotard.

Concernant les sokol, « on a eu ces tenues pendant 100 ans, mais les cultures changent et le style aussi. Je me sens niais dedans, je veux qu’on s’en débarrasse » , explique-t-il sur son compte Instagram.  Quant au léotard, « on doit le mettre sur les jambes sauf qu’il remonte au niveau de l’entrejambe. C’est serré et ça restreint les mouvements. Il faut le passer sur les épaules et c’est comme si on mettait un débardeur deux tailles trop petit. On pourrait le faire plus large mais toujours en montrant ce qu’on doit montrer et être beau. »

Pour avoir opté pour une tenue non homologuée, il a écopé d’une déduction de -0,3 points, mais peu importe, le message envoyé a eu une portée qui est allée bien plus loin. Car ce choix audacieux ne se limite pas à un simple changement vestimentaire. En affichant sa volonté de se sentir à l’aise dans sa pratique de la gymnastique, il envoie également un signal puissant sur l’importance de la confiance en soi dans un monde souvent axé sur des normes esthétiques strictes, n’hésitant pas à défier les conventions.

« Je fais ce changement pour mon enfant de 10 ans qui se sentait mal à l’aise en collants et gêné de dire aux gens que je pratiquais un sport de filles. Et pour tous les enfants qui se sentent encore comme ça aujourd’hui » a-t-il écrit sur son compte Instagram. « Je me suis fixé pour objectif de changer ce sport, car aucun jeune garçon ne devrait ressentir ce genre d’insécurité dans un sport aussi extraordinaire que le notre. » Et de poursuivre : « le monde et la culture ont changé… Il est temps que le sport et l’uniforme changent aussi (…) La nouvelle ère des uniformes de gymnastique masculine arrive… »

Depuis, il a reçu de nombreux messages de soutien. Le gymnaste britannique Joe Fraser lui écrit « I can get behind this !« , à comprendre « Je suis d’accord avec ça« . Ou encore l’irlandais Dom Cunningham « We need this to blow ! Let’s go bro » (Il faut que ça explose ! Allons-y, mon frère, NDLR). En France, l’initiative est également saluée par certains gymnastes de haut-niveau : « Je suis content de ces initiatives« , nous confie-t-on au détour d’une discussion. « Je pense vraiment que changer les tenues chez les gars participerait à donner un nouveau souffle à la discipline, et permettrait aussi d’attirer un public un peu plus large en terme de pratique. »

Et dans les autres sports ?
De plus en plus de fédérations font évoluer leur règlementation vestimentaire. En beach-volley, la révolution vestimentaire avait déjà débuté depuis les Jeux Olympiques de Londres en 2012 avec l’autorisation pour les joueuses professionnelles de porter des shorts et des T-Shirts en compétition.

En 2021 à la suite d’une rébellion des joueuses norvégiennes de beach-handball qui avaient porté un short à la place du bikini réglementaire lors de la petite finale des championnats d’Europe, écopant alors d’une amende, la Fédération internationale avait ensuite modifié son règlement suite à un tollé général autorisant désormais les shorts courts et serrés.

Début 2024, la Fédération Française de hockey avait également modifié son règlement, les  joueuses de hockey sur gazon étant désormais autorisées à porter un short ou une jupe pour les championnats élite et Nationale 1. Une autorisation qui s’inscrivait dans une volonté de proposer une pratique du hockey plus inclusive et en adéquation avec les évolutions de la société.


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1 COMMENTAIRE

  1. Super que ça avance mais pour celles qui continueront de préférer l’esthétique du justaucorps, il existe aussi des sous justaucorps menstruels pour la gym. Le progrès n’est pas QUE d’être autorisées à porter des shorts mais que chaque fille puisse avoir des multiples solutions pour continuer à pratiquer sa passion tout en restant à l’aise

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