Sacrée championne olympique aux barres asymétriques aux Jeux de Paris à l’été 2024, Kaylia Nemour publie L’Ombre de l’or, aux éditions Alisio. Un récit bouleversant qui plonge au cœur de la face sombre du triomphe et qui dévoile tout ce que la victoire ne montre pas.

Kaylia Nemour est devenue vice-championne du monde à la poutre. Photo IMAGO / IPA Sport – Spot Gym

Derrière les sourires affichés publiquement, Kaylia Nemour confie aujourd’hui que les larmes coulaient en silence. Le 4 août 2024, lorsqu’elle devient la première gymnaste algérienne et africaine sacrée championne olympique, le monde entier la voit entrer dans l’histoire. Beaucoup la découvrent même. Découvrent son parcours. Son histoire. Sa trajectoire. Mais derrière cette victoire, elle révèle que se cachaient des douleurs invisibles et des combats intimes.

Dans L’Ombre de l’or, paru ce jeudi 4 décembre, elle décrit ce qu’elle a vécu. Raconte des méthodes d’entraînement qui l’ont meurtrie, physiquement comme psychologiquement. Un quotidien qu’elle a longtemps tu, fixée sur son objectif olympique et convaincue qu’il s’agissait là « de la norme dans le haut-niveau », jusqu’au jour où elle a choisi de parler.

C’est après son sacre olympique qu’elle explique avoir eu le déclic. Une prise de conscience tardive qui, dit-elle, vient bousculer des années d’automatismes et d’acceptation. Une norme qu’elle avait jusqu’alors considérée comme indissociable de la gymnastique de haut niveau.

La face cachée de l’entraînement 

Kaylia Nemour s’entraîne depuis ses débuts au club d’Avoine-Beaumont, en Indre-et-Loire. Après avoir d’abord été entraînée par Luliana et Adam Cornel avec qui elle obtient ses premiers résultats, elle passe ensuite sous la houlette de Marc et Gina Chirilcenco, deux entraîneurs réputés qui ont mené, avant elle, plusieurs gymnastes au plus haut-niveau. C’est avec eux qu’elle remportera ses premières médailles mondiales et olympiques, dont ce sacre historique à l’été 2024 qui l’a fait entrée dans la légende.

Dans son livre, Kaylia, qui n’est pas la première à témoigner, évoque des entraînements où les reproches étaient constants. « J’ai tout encaissé, le stress, les entraînements impitoyables, les mots parfois très durs, les sacrifices… », écrit-elle expliquant s’entraîner sans relâche jusqu’à l’épuisement. « Parfois, agrippée à la poutre, les muscles tétanisés, je sens mes paupières s’alourdir. »

Mais poussée par son rêve olympique, elle ne lâche rien. « Je suis entièrement dévouée à mes coachs, qui m’entraînent avec intransigeance et ça, depuis que je suis petite, me balançant des rouleaux de scratch servant à coller les tapis. Ils me bousculent, m’engueulent, m’humilient en me rabaissant… Je pleure, mais ne craque pas. »

Derrière les victoires, malgré les heures d’entraînement et l’abnégation, elle confie avoir souvent été qualifiée de capricieuse.. « Elle pleure tout le temps, elle est horrible à entraîner ! », « C’est caprice sur caprice, elle n’a aucune volonté ! », relate-t-elle à propos de ce que l’on disait alors à ses proches.

Elle décrit aussi une exigence physique oppressante. Régimes draconiens, remarques sur son poids, faim permanente : « Je dois encore me priver du plaisir de manger, rappelée à l’ordre en permanence par Gina qui scrute mon poids ». 

Gagner mais à quel prix ? 

Dans « L’ombre de l’or », Kaylia Nemour revient également sur l’épisode de sa blessure aux genoux, affirmant que ses entraîneurs ne voulaient pas la croire. « Les Chirilcenco soutiennent que je simule une blessure par manque de courage et de volonté. Pour eux, mes genoux sont en excellent état. »

Pourtant, après trois ans de douleurs, un spécialiste diagnostique une ostéochondrite ; et à l’été 2021, elle est opérée des deux genoux. S’ensuit alors rééducation, reprise très progressive de l’entraînement, et l’histoire qu’on connaît après. Elle se retrouve au coeur d’un imbroglio, bloquée par la FFG qui ne l’autorise pas à reprendre la compétition malgré le feu vert de son chirurgien, et elle rejoint les rangs de l’Algérie, avec qui elle remportera ses premières grandes médailles mondiales et olympiques, marquant le début de son histoire iconique.

Si elle représente l’Algérie à l’international, son quotidien, lui, ne change pas. Elle continue de s’entraîner dans son club, à Avoine-Beaumont, aux côtés de Marc et Gina Chirilcenco qui, sur les agrès, l’élèvent au plus haut-niveau. Championnats africains, championnats du monde, coupes du monde et Jeux Olympiques, Kaylia Nemour gagne de nombreuses médailles, se faisant rapidement un nom dans le paysage gymnique international, avec un coup d’éclat qui la propulse au rang des légendes, avec la réalisation du Nemour, l’élément aux barres asymétriques qui porte son nom dans le code de pointage.

Kaylia gagne, Kaylia écrit son histoire, mais à quel prix ? C’est ce qu’elle dénonce dans son ouvrage. Car finalement, derrière les médailles, elle a fini par être gagnée par l’angoisse, jusqu’à se sentir « méprisée, traitée comme un objet (…) Ils décident de tout, sans jamais me consulter. Je me sens comme leur propriété, leur poule aux œufs d’or. Comme si pour eux, mes médailles et mes victoires étaient avant tout les leurs. »

Aujourd’hui, elle choisit de raconter sa vérité dans un livre dont elle assure la promotion actuellement. De dire ce qui se cache derrière sa médaille olympique. « J’avais besoin de raconter, pour passer à autre chose. Je sais maintenant que ce que j’ai vécu n’était pas normal » , confie-t-elle au Parisien. D’expliquer pourquoi elle a quitté le club d’Avoine-Beaumont et ses entraîneurs Marc et Gina Chirilcenco pour rejoindre Nadia Massé à Dijon, avec qui elle vient de remporter l’or aux barres et l’argent à la poutre aux Mondiaux de Jakarta. Et de reprendre le contrôle sur sa propre histoire pour pratiquer une gymnastique, certes rigoureuse, mais l’esprit libéré.

À l’heure où nous publions cet article, le club d’Avoine-Beaumont a été contacté pour exercer son droit de réponse et un article leur sera consacré. 

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