Doctorant à l’Université Paris Saclay en STAPS, entraîneur au club d’Antony et pratiquant la gymnastique rythmique depuis l’âge de 10 ans, Peterson Céüs (26 ans) bouscule les codes d’un sport encore majoritairement féminin. Aujourd’hui, il ajoute une nouvelle corde à son arc : héros de manga. Dans Céüs !, publié par les éditions Dupuis, il raconte son parcours dans la GR masculine. À l’occasion de la sortie du premier tome, Spot Gym a rencontré celui qui utilise désormais le manga comme nouvel outil pour faire évoluer les mentalités.

Spot Gym : Peterson, tu viens de sortir Céüs !, un manga autobiographique, comment t’es venue l’idée ?
Peterson Ceus : Alors je n’ai pas eu l’idée du tout ! (Rires) Ce n’est pas moi qui ai eu l’idée et je pense que je n’aurais jamais eu la prétention d’aller vers une maison d’édition pour proposer ce projet. Parce que le manga c’est un peu comme les jeux vidéos, c’est un monde qui paraît très inaccessible, tu peux rêver d’en devenir un personnage mais à aucun moment je me suis dit que je ferais un très bon personnage. L’idée du manga, c’est celle de la maison d’édition Dupuis, et de Stéphane Beaujean, directeur éditorial, qui m’a contacté à la suite d’un reportage qu’il a vu à la télé et qui a pensé que ça pourrait faire une bonne histoire à mettre en manga.
Pourquoi un manga spécifiquement et pas un roman par exemple ?
De ce qu’il m’a expliqué, mon personnage et ce que j’avais pu raconter dans les reportages faisait très manga sportif et si je me souviens bien la maison d’édition Dupuis voulait commencer à créer des mangas français et j’étais un bon personnage pour entrer dans ce thème.
Tu trouves que c’est un thème qui te correspond bien ?
Ah oui absolument ! Parce que c’est un format qui permet d’expliquer des propos qui peuvent être très durs et intellectuels mais de manière douce, humoristique et accessible. Ça permet à tout type de public de comprendre certains messages qui peuvent être très importants sans les rendre trop lourds. C’est vraiment un bon format pour démocratiser la GR dans la sphère médiatique générale et le problème de la GR masculine.
Tu pensais réaliser une pièce médiatique sur ta carrière un jour ?
Non ! Je me suis toujours dit que j’avais une vie assez folle et digne d’un film. Mais j’ai l’impression que c’est vraiment un monde à part auquel tu n’accèdes pas comme ça. Peut-être que toutes les péripéties que j’ai eues m’ont donné accès à ce monde mais jamais je n’y aurais pensé hormis les petites vidéos que je fais.
Comment s’est fait le processus d’écriture ?
C’est très simple, on s’est réuni avec le co-auteur et l’éditeur, puis j’ai raconté ma vie de A à Z et ils ont pris les éléments qui paraissaient être les plus pertinents et ont un peu changé des choses. Par exemple, certains détails étaient très longs à expliquer et ils les ont raccourci ou certaines dates qu’ils ont changé pour que ça aille plus dans la chronologie.
Au niveau du dessin, est-ce que tu as rencontré des artistes ?
Dans le manga j’ai participé à l’écriture, au dessin et la traduction parce qu’il est disponible en espagnol et en français. Le dessinateur a été choisi par la maison d’édition, et tous les dessins qui sont dans le livre ont été vérifiés par moi. Il a su très vite comment dessiner mon visage donc je n’ai rien eu à dire de spécial. Mais pour tous les détails gymniques, il y a plein de choses que j’ai dû corriger parce qu’il ne fait pas partie du monde de la GR. Parfois les dessinateurs font certains amalgames entre les gymnastiques qui font que si tu es gymnaste et que tu lis un livre et que tu vois une GR porter un chausson de GAF, tu comprends qu’ils ne s’y connaissent pas, du coup ça décrédibilise un peu le livre. Je suis passé derrière tous ses dessins pour être sûr qu’il ne se trompe pas. À la fois dans les terminologies gymniques et les dessins techniques. Notamment bien savoir quelles tenues les GR portent, et savoir comment s’appellent les éléments. Ce sont des petits détails qui peuvent paraître insignifiants mais quand tu es gymnaste, ce sont le genre de détails qui font que le livre passe ou ne passe pas. En plus, il y en a beaucoup dans mon club qui l’ont acheté !

C’est un projet qui a pris combien de temps ?
C’était hyper long ! Ils m’ont contacté en 2021. Il y a 3 tomes, le premier on l’a fini 4-5 mois avant sa parution en mai.
Quand est-ce que les prochains tomes vont sortir ?
Le deuxième sortira en septembre, le troisième je ne sais pas encore.
Comment le public a reçu le manga ?
Moi je n’ai pas encore les informations précises en termes de chiffres, je les aurais au bout de 3 mois, donc en août. Mais je sais que dans la plupart des Fnac où j’ai été dont celle de Cergy et d’Antony les ouvrages qui étaient présentés ont disparu. Pour Antony ça ne me choque pas parce que les filles sont venues avec et m’ont demandé de signer les leurs, c’était trop mignon mais j’étais mal à l’aise (Rires).
Qu’est-ce que ça te fait de savoir que des proches et des inconnus connaissent ta vie maintenant ?
C’est plus difficile pour moi de savoir que les gens que je connais mais qui ne sont pas censés me connaître aussi bien, apprennent certains détails de ma vie que je n’expose pas particulièrement. Les étrangers ça va car je ne les connais pas. C’est assez étrange que les petites filles à qui on donne des cours vont savoir comment s’est passé ma vie.
Tu étais passé dans plusieurs émissions télévisées, comment ça s’est passé pour toi en tant qu’introverti ?
J’ai eu un entraînement avant parce que quand j’étais plus petit et qu’il y a eu la vague médiatique sur les hommes à la GR, j’avais un ami chargé de communication qui m’avait un peu aidé à ne pas paniquer. Il m’a fallu un petit temps d’adaptation au départ.
J’ai fait la Maison des Maternelles, Okoo-Koo et C à Vous. La maison d’édition avait mis à ma disposition une agence de communication qui a fait appel à différentes émissions pour promouvoir le livre. C’est quelque chose que j’avais déjà fait avant quand j’étais plus petit mais je ne connaissais pas trop mon sujet c’était très stressant, là je le connais et je sais ce que je dois dire.
Il y a eu des très bon retour surtout d’Okoo-Koo, c’est vrai qu’ils ont fait un travail génial, parce que j’avais fait une démonstration puis on a parlé du livre et j’ai donné un mini cours de gym aux deux présentateurs. Cette émission a fait rire beaucoup de gens et c’est une nouvelle manière d’amener un sujet très lourd de manière humoristique et ouverte à tous types de publics, notamment aux enfants qui sont peut-être futurs champions olympiques de GR.

Fotografía Oficial RFEG
Revenons à ton parcours en gymnastique rythmique, depuis combien de temps pratiques-tu la GR et qu’est-ce qui t’a amené à choisir ce sport ?
J’ai commencé à 10 ans, donc ça fait à peu près 16 ans. Ce qui m’a donné envie d’en faire c’était juste une vidéo sur Youtube de Marina Shpekht qui m’a marqué. Ce n’était pas une gymnaste particulièrement décorée mais elle avait un style assez particulier que j’aimais beaucoup. Et c’est le seul sport qui est resté, parce que j’en avais fait beaucoup avant mais il y en n’avait aucun qui avait maintenu mon attention comme l’a fait la GR.
Quand tu as commencé la GR, est-ce qu’il y avait autant d’hommes que maintenant ? Quand bien même il y en a pas énormément mais c’est déjà plus démocratisé.
Je sais qu’il y avait d’autres hommes avant moi qui en faisaient mais dans le monde compétitif je n’avais jamais vu de garçons avant d’être en Nationale B, qui est devenue Nationale A. Pendant 6 à 10 ans je n’avais jamais concouru contre d’autres garçons. J’en connaissais qu’un, qui était dans ma catégorie. Maintenant je sais qu’aux derniers championnats de France il y a eu 3 garçons médaillés, il y a ceux qu’on voit aux régions qui ne sont pas qualifiés et ceux qui sont en ensemble. Même si ça ne se voit pas forcément parce qu’on est tous répartis dans des catégories différentes, j’ai l’impression qu’il y a de plus en plus de garçons qui veulent faire de la GR et qui restent.
Aujourd’hui comment te sens-tu dans une discipline majoritairement féminine ?
D’un côté je suis très heureux parce que j’apprends beaucoup de choses des femmes, ça me rappelle à quel point elles sont très très inspirantes et malheureusement c’est un fait qu’on met trop souvent de côté. Après c’est vrai que c’est un petit peu difficile de devoir constamment rappeler qu’on est là. Par exemple en compétition quand au micro ils disent “les filles vous pouvez vous asseoir”. Après on a de moins en moins de problèmes de vestiaires, ça change et les gens font attention. Le fait de ne pas concourir contre d’autres garçons, je trouve ça assez étrange dans la mesure où on est un sport olympique, et tous les sports olympiques sont séparés par genre dans les catégories individuelles. Je pense sincèrement que sans la séparation des catégories ça va être difficile d’amener beaucoup de garçons et de les maintenir parce que malheureusement le regard des autres joue beaucoup. Surtout sur les parents. Quand ils ne voient pas de débouchés professionnelles dans cette discipline et qu’en plus leur petit garçon sera uniquement avec des filles, et que d’autres parents puissent faire des remarques, souvent l’enfant va apprécier le sport mais les parents vont lui demander d’arrêter à cause des moqueries. Les garçons réussissent difficilement à rester parce que ce n’est pas reconnu ni par la FFGYM ni la FIG.
Comment ça s’est passé de ton côté quand tu as annoncé à ta famille que tu voulais faire de la GR ?
Pour ma mère ça n’a pas été difficile du tout ! C’était très simple, tant que je n’étais pas chez moi à regarder la télé ou devant l’ordinateur ou à traîner dehors c’était bon. Mon frère par contre lui qui est très “footeux” ça a été compliqué et c’est en m’accompagnant aux compétitions, parce que c’était le seul de la famille à avoir une voiture, et de voir que je m’en sortais bien qui lui a permis de voir que c’était quelque chose d’important pour moi.

Aujourd’hui est-ce que tu espères voir des catégories masculines ou tu préfères continuer à concourir avec des femmes ?
Je pense que dans les catégories individuelles, parce que je ne fais pas d’ensemble, le format optimal serait des catégories féminines et masculines plus une catégorie mixte comme ça on entre dans le schéma compétitif olympique, et en même temps on permet à ceux qui ont eu l’habitude de concourir avec tout le monde de garder ces habitudes. Pour aussi avoir un choix de pratique et pas une pratique “subie”. Je pense que dans tout ce qui est travail à plusieurs, donc les ensembles, la plupart des autres sports artistiques nous montrent que si deux partenaires ont des biologies totalement différentes on peut réussir à créer quelque chose de joli et de très technique. Il y a une bonne compatibilité garçons/filles, filles/filles et garçons/garçons.
C’est ton choix de ne pas faire d’ensemble ?
Ah oui ! Je ne veux pas en faire parce que je suis introverti et assez anxieux. J’aime bien la solitude et je n’aime pas les travaux de groupe parce que je n’aime pas que le résultat dépende d’autres personnes, si je rate je sais que c’est ma faute et que je peux en vouloir qu’à moi. Si on a un entrainement et qu’une personne ne vient pas, ça va m’énerver (Rires). Il y a certaines personnes qui aiment beaucoup être en équipe, moi je suis très individualiste mais uniquement dans ma pratique sportive. La GR c’est uniquement pour moi et je ne veux pas la partager.
Propos recueillis par Mazarine Mayangha, à Antony
Céüs est disponible à la Fnac, aux éditions Dupuis au prix de 8,35€.





