Après des mois d’arrêt, certains gestes reviennent comme s’il n’y avait jamais eu de pause. D’autres, pourtant parfaitement maîtrisés, semblent soudain inaccessibles. Comment le corps mémorise-t-il le mouvement ? Pourquoi certains automatismes résistent-ils au temps, tandis que le stress ou les émotions peuvent parfois venir tout perturber ? Plongée au cœur de la mémoire motrice avec l’expertise de Laure Fernandez, neuropsychologue, et des témoignages de la gymnaste française Mélanie De Jesus Dos Santos, qui vient tout juste de reprendre l’entraînement après plusieurs mois d’arrêt.

Mélanie De Jesus Dos Santos aux championnats du monde d’Anvers, en octobre 2023. Photo IMAGO / 24passion – Spot Gym

Mélanie De Jesus Dos Santos qui revient comme si elle n’avait presque jamais arrêté. Alice Kinsella qui reprend la compétition six mois après avoir accouché. Des gestes qui réapparaissent, presque intacts, malgré le temps, l’arrêt ou les bouleversements physiques. Comme si le corps savait. Comme si les gestes étaient inscrits quelque part, prêts à ressurgir au bon moment, sans avoir besoin de réfléchir.

Derrière ces retours impressionnants se cache un mécanisme fascinant : la mémoire motrice. Dans le langage courant, on parle souvent de « mémoire du corps », mais dans le champ scientifique, on parle plutôt de mémoire motrice. De mémoire des gestes appris, répétés et progressivement automatisés. Une mémoire particulièrement sollicitée en gymnastique, où les gestes sont extrêmement techniques, précis et répétés pendant des années.

Au cœur de cette mémoire motrice, il y a en effet la répétition, avec des centaines, des milliers de passages. Des heures d’entraînement, de corrections, de sensations accumulées. « La répétition permet d’apprendre un geste, d’améliorer la technique d’un mouvement mais aussi de l’automatiser « , explique Laure Fernandez, chercheuse en neuroscience, neuropsychologue et préparatrice mentale. Et c’est là une notion essentielle.

Répéter, encore et encore, jusqu’à automatiser

La répétition entraîne une automatisation du geste afin de l’ancrer durablement dans son corps, son cerveau. « Au fil des années, les études ont démontré que l’athlète n’était pas expert uniquement parce qu’il avait une technicité parfaite, mais aussi parce qu’il prélevait les bonnes informations et prenait les bonnes décisions au bon moment » , ajoute-t-elle. Une expertise qui ne réside donc pas seulement dans l’exécution du geste mais aussi dans tout le traitement qui la précède avec la perception, le choix ou encore la programmation motrice, à savoir le processus par lequel le cerveau prépare et organise un mouvement avant qu’il ne soit exécuté. Un niveau d’expertise qui permet ensuite d’arriver à l’automatisation d’un geste.

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