Il cherchait un dojo de judo mais a trouvé une piste de tumbling. Depuis ce jour, Hippolyte Hergué, désormais âgé de 20 ans et licencié au Cercle Paul Bert TSA, à Rennes, n’a plus quitté une discipline devenue évidence. Du coup de foudre à l’enfance aux ambitions internationales, le triple champion de France en titre a su bâtir sa trajectoire au fil des ans avec une histoire bien à lui. Portrait.

Photo Carmen Harel

Pousser une simple porte peut parfois dessiner la trajectoire d’une vie, créant l’un de ces jolis hasards qui changent finalement tout. Hippolyte Hergué n’était pas destiné au tumbling, pourtant c’est ce sport qui va changer le cours de son histoire.

Enfant hyperactif, attiré par les sports de combat, il pousse un jour la porte d’une salle de tumbling, à Rennes… par erreur. Il ne s’y attendait pas mais le coup de foudre est immédiat ! Il a alors 8 ans. « Avec ma mère, on cherchait le dojo pour m’inscrire au judo mais on s’est trompés de porte ! On est tombés sur un cours de tumbling et je suis tout de suite tombé amoureux de la discipline. J’ai dit à ma mère : c’est absolument ça que je veux faire » , raconte-t-il.

Sauf qu’à ce moment-là, les inscriptions étaient déjà terminées. « On était déjà fin septembre, début octobre, mais Yves (Tarin), l’entraîneur, m’a quand même proposé de passer un essai de 30 minutes » , livre-t-il. « À la fin de l’essai, il regarde ma mère et lui dit : ‘Je suis désolé, je ne vais pas pouvoir le prendre à l’entraînement du mercredi… Par contre, il va venir le lundi, le mardi, le jeudi et le vendredi. Et de là, tout a commencé. »

Dans ce gymnase qui ne l’attendait pas, il découvre une discipline qui correspond parfaitement à son profil. Une activité intense, explosive, où tout se joue en quelques minutes. « Je faisais du tennis aussi à ce moment-là et c’est un sport qui ne demande pas du tout le même genre de concentration » , explique-t-il. Pour lui, le tumbling est une vraie révélation. « J’étais un peu comme un gosse émerveillé devant un camion de pompiers quand il a 3-4 ansJe découvrais quelque chose qui était tout ce que j’avais imaginé de plus beau. »

De la promesse au déclic

Depuis ses débuts, il est entraîné par Yves Tarin, son entraîneur de toujours. Une relation construite sur la durée, faite de confiance et de compréhension mutuelle. « Moi, je dois absolument tout à Yves. Je ne serais vraiment rien sans lui » , observe-t-il.

Immédiatement, l’entraîneur rennais voit en Hippolyte un jeune déterminé, avec une idée claire et précise de ce qu’il voulait faire. « Quand il a poussé la porte du gymnase, il a tout de suite dit qu’il voulait faire du tumbling » , éclaire-t-il. « C’est la première fois que j’avais un jeune qui voulait faire du tumbling tout de suite, sans être passé par d’autres disciplines gymniques et qui avait une telle détermination dès le début. » Il n’était qu’un enfant, il ne connaissait rien au tumbling, mais Hippolythe Hergué avait cette envie et cette détermination qui lui permettaient de soulever des montagnes.

Si dans les premières années, les athlètes commencent généralement par un petit volume horaires d’entraînement, lui débute directement avec 4 entraînements par semaine. Car en plus d’afficher une telle détermination, quand il est arrivé au Cercle Paul Bert, il savait déjà faire de nombreuses acrobaties. « En fait je faisais déjà des flips et des salto sur la plage, j’avais tout le temps la tête dans tous les sens » , sourit-il. Alors forcément il a tout de suite su trouver ses marques au trampoline et sur la piste.

Pendant plusieurs années, Hippolyte construit sa carrière, étape par étape. « Je l’ai formé progressivement pour qu’il puisse progresser sereinement et aller chercher du haut-niveau » , explique l’entraîneur rennais. Sans griller de cartouche. Sans aller trop vite. Il décroche sa première sélection France à l’âge de 12 ans, 4 ans après ses débuts. S’il ne se démarque pas tout de suite, il connaît un véritable tournant sur la saison 2021-2022. Il grandit, mûrit et prend de la puissance physique, parvenant à transférer toutes ses capacités acrobatiques apprises au trampoline sur la piste. « En fait, je savais faire toutes les acrobaties au trampoline » , confie-t-il. Et l’entraîneur de compléter : « Mais quand ils sont jeunes, ils ne sont pas très lourds, donc il y a eu pendant quelques temps un petit décalage entre ce qu’il savait faire au trampoline et ce qu’il savait faire sur la piste. »  Jusqu’au jour où la croissance lui a permis de passer un cap. Un grand cap. « Il a eu une progression exponentielle en 2021-2022 parce qu’il a pu utiliser tout son panel acrobatique sur la piste. » Une nouvelle puissance physique combinée à une prise de maturité. « Dans sa tête, il y a eu un déclic. »

Le déclic qui change tout. Le Français s’installe alors parmi les meilleurs juniors mondiaux. En 2022, il devient vice-champion d’Europe junior à Rimini. Une consécration de tout un travail mené dans l’ombre, encore plus dans un sport finalement peu reconnu. Peu médiatisé. Mais cette fin de saison 2022 lui laisse un léger goût amer. Aux championnats du monde, il laisse échapper une médaille mondiale. « Ça reste, encore aujourd’hui, la plus grande frustration de ma carrière » , révèle-t-il. « Je suis sorti premier des qualifications, il restait la finale mais je pense que la pression a fait que je n’ai pas réussi à concrétiser. »

Photo Carmen Harel

Les blocages et l’adaptation

Après cette année 2022 riche en expériences internationales marquant la fin de son cycle junior, le Breton doit faire face à une difficulté plus invisible. Celle des blocages acrobatiques. Certaines vrilles deviennent impossibles à réaliser, obligeant le gymnaste à repenser totalement la composition de ses passages. « Avant je vrillais dans tous les sens mais maintenant mon corps ne veut plus faire de vrille in. Je ne peux plus faire de full in tendu, fifol, ou de miller » , éclaire-t-il. « Je m’en sors car je sais faire back full, back double full tendu, mais ça m’enlève quand même toute une partie d’acrobatie que je ne peux plus faire. »

Une contrainte qui l’a amené à redéfinir son identité technique. Moins de difficulté mais une exécution presque irréprochable. Sa marque de fabrique. Et si certains auraient pu se laisser happer par cet obstacle, lui a su rebondir. « Je sais que je ne pourrai jamais atteindre la difficulté des meilleurs, mais j’ai la chance d’avoir une des plus belles exécutions du circuit » , éclaire-t-il. « Et comme ma difficulté est plus basse que certains de mes concurrents, mon exécution doit être parfaite. C’est très important pour moi. » Une signature qui lui vaut notamment une distinction internationale sur l’étape de coupe du monde de Bakou en 2024, récompensant la plus belle série de la compétition. « L’exécution est une vraie qualité pour Hippolyte » , confirme Yves Tarin. « C’est son grand point fort. »

Une vie entre travail et haut niveau

Aujourd’hui, en plus d’avoir su imposer son style, il a su trouver son rythme. Car comme beaucoup d’athlètes de haut-niveau non professionnels, il mène une double vie, partageant son quotidien entre ses entraînements et son métier dans la restauration. Un quotidien exigeant mais assumé. « Je travaille dans un restaurant tous les midis de 10h à 14h30 et ensuite j’enchaîne avec l’entraînement l’après-midi » , éclaire-t-il. Un quotidien millimétré qui lui permet de s’entraîner près de quinze heures par semaine, avec en plus des séances de préparation physique.

Etudiant en alternance l’an dernier, il avait dû faire des choix. « Entre les cours, le travail et les entraînements, c’était trop compliqué pour moi de tout combiner, alors j’ai décidé de mettre les études de côté et de conserver uniquement mon travail le midi dans la restauration et mes entraînements l’après-midi. Je préfère vivre ma vie de sportif à fond maintenant, car je sais que c’est quelque chose d’éphémère, et je ne veux pas avoir de regret. » 

Cette semaine, il poursuit sa quête internationale avec un nouveau rendez-vous européen, à Portimão, au Portugal. Et sur cette édition des championnats d’Europe, une nouvelle dimension s’ajoute à sa motivation grâce à la reformation d’une équipe de France chez les masculins, après plusieurs années sans véritable collectif. « C’est exceptionnel pour moi d’avoir un collectif. En plus ce sont tous mes amis » , sourit-il. « On vit quelque chose de super fort tous ensemble. Pouvoir matcher en équipe, partir en compétition à plusieurs, c’est quelque chose que j’adore. »

L’adrénaline comme moteur

S’il est un vrai passionné de tumbling, il est aussi un amoureux de la compétition. « Je ne ferai pas de sport de haut-niveau si cette pression n’existait pas » , assure-t-il. « La pression de la compétition, le stress, chez moi, c’est vraiment quelque chose qui me pousse et que j’adore. Quand je suis au bout de la piste, j’adore cette pression. Je vis pour ça« . Une adrénaline qui le boost. Le transcende. Le nourrit. Quelques secondes seulement pour s’exprimer, mais quelques secondes qui le galvanisent. Le stimulent. Quelques secondes de concentration qui correspondent parfaitement à son tempérament. À ce qu’il est, lui. « Avant j’ai beaucoup pratiqué le tennis, ce sont des matchs qui durent une heure et demi et à la fin du premier set, j’étais déjà ailleurs, je n’arrivais pas à rester concentré » , se souvient-il. « En tumbling, la concentration est plus limitée en terme de temps et pour quelqu’un comme moi qui a des troubles de l’attention, c’est un sport qui colle à 200% » , analyse-t-il avant de délivrer un message : « J’aimerais dire aux enfants TDAH que c’est possible de faire du sport de haut niveau et qu’il ne faut jamais baisser les bras. Ne jamais se mettre de barrière. En plus, le tumbling est un sport magnifique. » Un message fort qu’il porte à travers son parcours. Son histoire. Sa passion. À travers ce sport dans lequel il s’est trouvé. Épanoui. Construit. « J’ai pratiqué beaucoup de sport avant. J’ai fait du tennis, du patinage artistique, de la boxe, de la capoeira, mais le tumbling a été une révélation pour moi. Au début, j’ai continué le tennis en parallèle du tumbling et en 2018, lorsque j’ai décroché ma première sélection pour des championnats du monde, j’ai lâché le tennis. Entre les compétitions régionales en tennis et les championnats du monde en tumbling, il n’y avait pas photo » , lance-t-il malicieusement. Car il est ainsi Hippolyte Hergué. Passionné dans l’âme.

D’un hasard à une vocation, il a finalement trouvé dans le tumbling bien plus qu’une discipline. Il a trouvé un équilibre, une identité, un moteur. Entre exigence, passion et goût pour la compétition et l’adrénaline, il avance avec la même détermination qu’à ses débuts, prêt à saisir chaque passage, chaque opportunité, chaque compétition, comme une nouvelle occasion d’écrire la suite de son histoire.

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