
CALENDRIER DE L’AVENT
Que deviennent-ils ? Que deviennent-elles ?
Lundi 22 décembre – Jour 22
À l’occasion du calendrier de l’Avent, Spot Gym vous propose de prendre des nouvelles des anciens et anciennes gymnastes qui ont raccroché les maniques. Une série de 24 interviews à découvrir chaque jour en exclusivité. Pour ce vingt-deuxième jour de décembre, rendez-vous à Nice, dans le sud de la France, où est installée Oréane Lechenault, membre de l’équipe olympique aux Jeux de Rio en août 2016 et médaillée européenne aux championnats d’Europe de Bern, quelques mois plus tôt. Une des gymnastes les plus populaires de sa génération qui a mis un terme à sa carrière en mai 2020.

Spot Gym : Depuis l’annonce de ta fin de carrière en 2020 et ton départ de l’INSEP, que deviens-tu ?
Oréane Lechenault : Je suis installée sur Nice, j’ai mon appartement et je suis éducatrice spécialisée depuis septembre 2024.
Dans quel domaine travailles-tu précisément ?
Je suis éducatrice de rue. Je travaille avec les adolescents qui peuvent se retrouver dans des situations marginales ou qui ont des difficultés à la maison, à l’école, au quotidien. J’évite que les jeunes traînent dehors, je fais des accompagnements individuels, je les aide à trouver un logement, je les aide à monter des projets, on organise des activités pendant les vacances. Les missions sont très variées. Et on travaille également avec un collège, où l’on intervient tous les mardis.
Comment se fait l’identification des jeunes ? Tu vas à leur rencontre ? Ils viennent te rencontrer ?
J’ai un secteur défini et on va vers les jeunes. On appelle ça « l’aller vers ». Avec ma collègue, on sort de notre structure pour aller à la rencontre des jeunes et identifier ceux qui sont dans le besoin. En allant les rencontrer, cela permet de leur donner accès plus facilement aux aides auxquelles ils ont le droit, car souvent ils ne poussent pas la porte de notre structure par eux-mêmes.
Une démarche avec une dimension relationnelle importante ?
Oui exactement. C’est vraiment nous qui allons vers les jeunes. Ils peuvent également venir vers nous, mais c’est plus rare. Ils n’osent pas forcément. Alors que là, on va à leur rencontre, on discute avec eux, on leur parle des différents dispositifs qui peuvent exister, on les conseille. Et on les rencontre sur leur territoire.
Comment en es-tu venue à te spécialiser dans ce domaine ?
Je dois avouer que ce n’était pas forcément ce que je voulais faire. Je savais que je voulais travailler dans la protection de l’enfance mais pas forcément comme éducatrice de rue. À la fin de mes études, j’ai eu cette opportunité professionnelle là, on m’a proposé un CDD et j’ai pris le poste. Le fait que ce soit un CDD m’attirait car je ne veux pas me spécialiser tout de suite dans un seul domaine, afin de pouvoir en tester plusieurs pour pouvoir choisir celui qui me correspondra le mieux.
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Tu as tout de suite réussi à prendre tes marques ?
Au début, ce n’était pas forcément évident pour moi d’aller vers les jeunes. J’ai pensé plusieurs fois à arrêter mais je n’ai jamais baissé les bras. Et à force, les jeunes ont commencé à me reconnaître, c’était plus facile de les aborder et j’ai pris mes marques. C’est un domaine qui me plaît.
On vient d’aborder l’aspect reconversion professionnelle, revenons à la gym. Tu as donc annoncé ta fin de carrière en mai 2020, après une succession de blessures, quelle place occupe la gym désormais dans ton quotidien ?
Je n’en fais plus du tout. Je continue toujours de suivre l’actualité mais je ne pratique plus. Au début quand j’avais arrêté, j’allais de temps en temps m’entraîner un peu dans le club de ma petite soeur, mais maintenant je ne monte plus du tout sur les agrès. C’est une page de mon histoire qui appartient à mon passé maintenant, même si je continue malgré tout à suivre les grandes compétitions et à suivre l’actualité. Mais moi, j’ai fait mon temps.
Tu ne fais plus de gym mais pratiques-tu un autre sport ?
Je vais à la salle de sport faire de la musculation. J’y vais deux à trois fois par semaine, et ça me fait du bien. J’ai trouvé ce qui me correspond. Pas de stress, ça me fait du bien à la tête et au corps. Et puis mon métier m’amène à beaucoup marcher donc c’est aussi du sport (Rires).

Avec le recul, quel regard portes-tu sur ta carrière ?
Je suis fière de ce que j’ai fait. Quand je regarde en arrière, je me dis que j’ai eu quand même pas mal d’obstacles, que tout n’était pas tout beau, tout rose, comme dans toutes les carrières, mais je me dis qu’au final, j’ai quand même réussi à atteindre les objectifs que je voulais. J’ai fait les Jeux Olympiques, j’ai été médaillée européenne en équipe, j’ai participé au Test Event qui a permis de qualifier la France pour les Jeux, j’ai fait de grandes choses. Il n’y a que les championnats du monde que je n’ai pas fait finalement, est ce que si j’avais continué un peu plus j’aurais eu l’occasion de les faire ? Je ne sais même pas.
Et puis, il m’arrive de regarder des vidéos YouTube de quand j’étais petite, et je suis fière de moi. Je me dis que j’étais quand même forte (Rires). Ce n’est pas donné à tout le monde de faire ce que j’ai pu faire. J’ai un tout autre regard sur ma carrière désormais, je n’avais pas la même à mon départ de l’INSEP. Mais avec le recul, je n’analyse plus les choses de la même façon.
Alors oui c’est sûr que j’aurais aimé continuer un peu plus, j’aurais aimé aller jusqu’aux Jeux Olympiques de Tokyo, mais c’est comme ça. Quand j’y pense, c’est surtout que j’ai été déçue de n’avoir été prise dans aucune compétition internationale après les Jeux de Rio. Et puis ma dernière blessure à la cheville, a été dure pour moi car je revenais bien. Donc c’est le regret que je peux avoir, de n’avoir plus rien fait après les Jeux de Rio et d’avoir été oubliée. J’aurais aimé finir sur autre chose finalement. Pas comme ça. Mais malgré tout ça, quand je regarde en arrière, je suis très fière de mon parcours et de tout ce que j’ai pu accomplir, car j’ai eu la chance de vivre plein de belles choses.
Au niveau des blessures que tu as pu avoir, gardes-tu des séquelles ?
Franchement non ça va. Au début, c’était dur, j’avais un peu mal partout (Rires). Mais en reprenant la musculation, en me remusclant un peu le corps, je me sens beaucoup mieux. J’ai toujours quelques petites douleurs parfois, car j’ai quand même eu une assez grosse blessure au dos et aux chevilles, mais ce n’est pas du tout handicapant. Je peux faire tout ce que je veux. Honnêtement quand j’y pense, je suis loin de me dire que j’ai fait 13 ans de gym car mon corps va plutôt bien (Rires).
Qu’est-ce que la gym t’a apporté dans ta vie professionnelle ?
Le dépassement de soi, le fait de ne pas laisser tomber à la première difficulté. Je pense vraiment que la gym m’a appris ça. Dans mon travail actuel, plusieurs fois, j’ai eu envie de partir, mais je n’ai jamais baissé les bras. Il y a eu des difficultés mais je n’ai jamais lâché. Et c’est quelque chose que je tiens de la gym. Tant que je n’ai pas réussi à faire ce que je veux, tant que je n’ai pas réussi à aller là où je veux aller, je vais tout donner pour y arriver. La gym m’a appris à ne pas baisser les bras.
Et puis on s’est endurci aussi avec la gym. On a pu entendre des paroles pas toujours très adaptées quand on était gymnaste, dans mon travail parfois, les jeunes peuvent avoir des propos un peu durs aussi parfois, et grâce à mes années dans le haut-niveau, j’ai cette capacité à ne pas me laisser atteindre par ce genre de paroles. J’analyse et je cherche des solutions.
Et puis le fait de travailler en équipe aussi, de communiquer, de discuter, de se serrer les coudes, c’est une force. C’est quelque chose que je tiens de la gym aussi.
Et d’un point du vue plus personnel ?
Je pense que c’est au niveau de ma force de caractère. Peut-être que j’aurais eu le même caractère sans la gym, je ne sais pas, mais les années dans le haut-niveau ont dû l’accentuer. Je suis quelqu’un de dynamique, qui aime faire plein de choses, qui ne lâche jamais rien. Tout ça, je dois quand même le tenir de mes années dans le haut-niveau.
Quel serait ton plus beau souvenir de carrière ?
C’est le Test Event à Rio début 2016. Déjà, je devais être remplaçante, mais Camille (Bahl) s’était blessée donc j’ai dû la remplacer au sol et aux barres. C’est le plus beau moment de ma carrière. J’y pense encore très souvent et c’était vraiment quelque chose de magique.
Écoutez ici
@spotgym_ Les grands moments de gymnastique Le Test Event en 2016, compétition qualificative pour les Jeux Olympiques de Rio. Oréane Lechenault, 15 ans et demi à l’époque, était la dernière à passer aux barres. Si elle réussissait, la France se qualifiait. #gym #sport #gymnastique #storytime #JO
Tu as encore une grande communauté de fans. Dans notre sondage dans lequel on demandait à nos abonnés de quelle gymnaste ils aimeraient avoir des nouvelles, c’est ton nom qui a le plus été cité. C’est quelque chose qui te surprend ? Voir que 5 ans après ton arrêt, tu restes toujours importante aux yeux des gens ?
Je ne pensais pas du tout, quand tu m’as contactée pour me l’annoncer, je ne m’y attendais pas du tout ! Je trouve ça fou ! Je n’aurais jamais imaginé que ce soit mon nom qui sorte alors que ça fait déjà un moment que j’ai arrêté. Je fais partie d’une génération passée, je ne poste plus sur les réseaux sociaux, donc ça fait vraiment plaisir de voir que les gens pensent encore à moi.
Je reçois aussi des messages de petites filles ou de personnes qui me disent qu’elles ont commencé la gym grâce à moi. Ça fait vraiment plaisir. Je me dis que j’ai quand même laissé une empreinte dans ce sport qui a énormément compté pour moi.
Mais je suis toujours étonnée de voir qu’on pense encore moi. Pour moi, il y a des personnes comme Mélanie (De Jesus Dos Santos) ou Marine (Boyer) qui sont des gymnastes bien plus marquantes que moi, ce sont des personnages centrales dans l’histoire de la gymnastique, et pourtant c’est mon nom qui sort encore dans ce genre de sondage. Je ne pensais pas du tout que des gens puissent être intéressés par ce que je devenais !
Tu as inspiré toute une génération de gymnastes… et tu continues d’en inspirer encore aujourd’hui, des années après ton arrêt…
… Oui, je suis extrêmement touchée et flattée.
Propos recueillis par Charlotte Laroche





