À l’heure où la parole commence à se libérer dans le monde du sport, certaines initiatives jouent un rôle essentiel. Parmi elles, le compte Instagram Balance ta gym, créé en juillet dernier par une personne qui souhaite garder l’anonymat, s’est rapidement imposé comme un espace d’expression pour celles et ceux dont la voix n’a pas été entendue.

Tout est parti du témoignage de Kaylia Nemour. À l’été 2025, la championne olympique aux barres asymétriques aux Jeux de Paris se confie sur les raisons qui ont conduit à son départ du club d’Avoine-Beaumont. Sur notre site, elle évoque son besoin de changer d’air, de découvrir une autre manière de s’entraîner, fondée sur la bienveillance et le respect de l’athlète. Dans L’Équipe, elle parle alors d’emprise.

Ces prises de parole ont agi comme un déclencheur. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses gymnastes, originaires de toute la France, ont à leur tour posé des mots sur leurs maux, libérant une parole longtemps contenue.

C’est dans ce contexte que naît, quelques jours plus tard, Balance ta gym. À l’image du mouvement Balance ta start up, compte dédié à la libération de la parole dans l’écosystème start-up et dont Balance ta gym s’est inspiré, l’objectif premier est de porter la parole de gymnastes qui ont souffert, parfois dans le silence le plus total, et permettre à des témoignages restés sans suite de se faire entendre. Il ne s’agit pas de régler des comptes, ni de généraliser, mais de faire exister ces histoires. De les rendre visibles. De les reconnaître.

Rapidement, le compte centralise une multitude de témoignages. Principal relais de pots Instagram ou de Tiktoks publiés par gymnastes et ex-gymnastes, Balance ta Gym devient également en parallèle le réceptacle de témoignages envoyés en messages privés par des gymnastes et des parents. « Je reçois trop de messages de parents qui ont vécu des choses inacceptables, où les affaires n’ont pas été relayées, explique la personne qui se cache derrière la page. Je souhaite simplement, par le biais de ce compte, faire exister une parole qui, sans cela, resterait enfouie. La parole de ces gyms mérite d’être entendue. »

Offrir un espace d’expression

Régulièrement, Balance ta gym recueille des paroles lourdes à porter, marquées par la souffrance, l’incompréhension, parfois la colère. Des récits de maltraitance psychologique ou physique, de pressions excessives, de management brutal ou d’abus. Des situations que les gymnastes et leurs familles disent ne pas être parvenues à faire entendre par les voies institutionnelles.

« Beaucoup de familles ont l’impression d’avoir parlé dans le vide. Certaines se sont heurtées à l’indifférence, d’autres à la peur des représailles. C’est une situation que je ne peux concevoir, confie la fondatrice du compte. Il est important que les gens se rendent compte de ce qui peut parfois se cacher derrière le haut niveau, et même, parfois, derrière les murs de certains clubs. »

L’anonymat comme protection

La personne à l’origine de Balance ta gym a fait le choix de rester anonyme. Une décision assumée, dictée par la réalité du terrain. Dans un milieu où la crainte d’être mis à l’écart demeure forte, l’anonymat devient une protection.

Inspiré de Balance ta start-up, Balance ta gym se positionne comme une initiative indépendante, sans affiliation à un club, avec pour objectif d’aborder les témoignages, avec neutralité, sans parti pris. Et si certains avancent une piste du côté de l’entourage de Kaylia Nemour, le compte ayant été créé cet été après les premières déclarations publiques de la championne olympique, il n’en est rien.

Cet anonymat n’enlève rien à la portée du message. Au contraire, il met en lumière une réalité persistante, où parler reste encore risqué. Et si certains témoignages émergent aujourd’hui, beaucoup demeurent tus, par peur des conséquences sportives, professionnelles ou personnelles.

Un compte, mais surtout un signal

Balance ta gym, suivi par 2000 personnes principalement issues du monde de la gym, ne se présente ni comme une autorité, ni comme un organe d’enquête. Le compte se veut avant tout un signal d’alerte. Un rappel que derrière les performances, les médailles et les sourires, se cachent parfois des blessures invisibles. Des traumatismes ancrés.

Pour beaucoup, aujourd’hui, la parole ne veut plus être étouffée. Elle cherche des relais. Et si les réseaux sociaux ne sont pas une solution en soi, ils deviennent parfois le seul endroit où ces voix peuvent exister.

Comme toute initiative de ce type, Balance ta gym suscite des réactions contrastées. Soutenue par certains, critiquée ou incomprise par d’autres. Pourtant, la démarche se veut sincère. Mais prudence, il ne s’agit pas de faire des généralités, car au sein de nombreuses structures et de clubs, aujourd’hui et depuis toujours, la gymnastique compte de très bons entraîneurs investis, respectueux et profondément soucieux du bien-être de leurs athlètes.

Il ne s’agit pas non plus d’accuser sans preuve, Balance ta gym souhaite avant tout offrir un espace de parole à celles et ceux qui en ressentent le besoin, et dont les témoignages sont fondés, afin de lutter contre toute forme de règlements de compte personnels non justifiés.

Mais surtout, écouter ne signifie pas condamner, mais plutôt reconnaître. Et reconnaître, c’est souvent le premier pas vers le changement.

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