L’ancien gymnaste Robert Marchant à la conquête du Mont Blanc en handbike

Après avoir fait l’ascension du Mont Ventoux en 2021 et avoir gravi cinq cols des Alpes l’année dernière, Robert Marchant, ancien gymnaste artistique paraplégique à la suite d’un accident lors d’un stage, s’est lancé un nouveau défi : faire le tour du Mont Blanc en cinq jours, en handbike, un vélo à bras conçu pour lui. Il part ce dimanche 20 août et commencera son parcours dès lundi.

Robert Marchant
Robert Marchant quelques jours avant son départ. Photo Elisa Cohen / Spot Gym

Ils seront sept à partir en fin de semaine en direction du plus haut sommet d’Europe ; quatre cyclistes, le neveu et la nièce de Robert Marchant ainsi que deux de ses amis, et deux accompagnateurs qui se déplaceront en minibus.

Il faut dire que Robert Marchant aime les défis et voit de plus en plus grand. D’abord Saint-Jacques-de-Compostelle, puis le Mont-Ventoux en 2021 gravi en quatre heures. L’année dernière il a réalisé la douzième étape du Tour de France 2022 : Briançon-Alpe d’Huez en cinq jours : “C’est ce qu’ils ont fait en une journée, mais ils n’ont pas le même âge“, plaisante-t-il. Des voyages qui se sont toujours accompagnés de péripéties sur lesquelles l’ascensionniste revient avec amusement : “Ce qui était incroyable en 2021, c’est qu’on avait fait un départ officiel avec le Maire, les adjoints, bref on part, on fait trois kilomètres, patatras la machine ne marche plus. On s’est aperçu qu’en mettant le matériel dans la voiture, la chaîne avait été abimée et un maillon était sorti de côté. Heureusement, on est tombé sur un cycliste qui s’y connaissait et qui a pu remettre le maillon en place“.

Cette année, il se lance dans un trajet de 303 kilomètres en seulement cinq étapes, soit le double de distance du parcours précédent. Cela représente sept cols à gravir pour un total de 8350 mètres de dénivelé. L’effort n’inquiète pas Robert Marchant, habitué à repousser ses limites, il craint davantage un facteur imprévisible : “J’espère que j’aurai beau temps, parce que le passage des Pyrénées, vous auriez vu le temps, je n’avais jamais vu ça, il était trois heures de l’après midi, il faisait nuit avec des orages, du tonnerre et la pluie : une douche”, se rappelle-il ajoutant “On est gymnaste ou on ne l’est pas. Il y a le caractère oui, mais la gym forme. C’est une sacrée discipline, on est teigneux et on s’accroche“.

Boucle du Mont Blanc Robert Marchant
La boucle du Mont Blanc qu’effectueront Robert Marchant et son équipe

La gymnastique, c’est l’histoire d’une vie pour Robert Marchant qui s’est coiffé de toutes les casquettes de la discipline. Il débute comme gymnaste à Champigny-sur-Marne : “J’ai commencé à dix ans avec des voisins, et puis je me suis pris au jeu, la passion en fin de compte. J’ai commencé à entraîner vers quinze ans tout en continuant à m’entraîner, un déroulement classique pour ainsi dire“, raconte-t-il. Pendant plus de dix ans, ce parcours gymnique progresse : compétitions, championnats de France, jusqu’à intégrer, grâce à ses bons classements, le bataillon de Joinville, une unité militaire de l’armée française recrutant des sportifs : “Pendant un an c’était vraiment quelque chose d’extraordinaire, je ne faisais que ça, vingt-cinq heures par semaine, c’était ça à l’époque. Et tout cet entraînement que j’avais emmagasiné a payé“, s’exclame-t-il.

Mais en décembre 1973, alors qu’il était en stage près de Marseille et que tous les gymnastes étaient en démonstration, il tombe sur les pieds et sur le dos. Cette chute lui comprime la moelle épinière créant un hématome et lui paralyse les jambes. “Je me suis retrouvé deux mois en observation. Ça n’a pas été simple parce que j’avais vingt-deux ans, j’étais en pleine forme et je me retrouvais comme ça allongé, sans bouger. En plus c’était encore l’époque des salles communes donc on était une trentaine de malades côte à côte, c’est là que j’ai vraiment découvert le monde médical“, détaille-t-il. Après cela, il entre à l’hôpital de Fontainebleau dirigé à l’époque par un médecin qui a marqué à vie le passionné de gymnastique : “C’était extraordinaire, le responsable du centre était tétraplégique. Il avait eu un accident en plongeant dans l’eau en vacances, mais il n’y avait pas assez de fond. Quand je suis arrivé, que je recommençais à marcher et que j’ai vu ce monsieur en fauteuil pour la première fois, je me suis dit qu’il devait bien connaître son sujet“, se souvient-il.

La récupération fut longue et difficile pour Robert Marchant. Il entre alors à la Mairie de Paris dans la comptabilité : “Le 1er janvier, le médecin était venu me voir et m’avait dit ‘tu sais la gymnastique ça va être fini pour toi’, moi dans ma tête je me disais que dans quatre mois je recommencerai la gym. Mais il avait raison, je n’ai jamais pu“, se remémore-t-il. Il revient tout de même à la gym dans son club d’origine, cette fois non plus comme gymnaste, mais comme entraîneur, comme formateur, comme juge et comme dirigeant : “J’ai même été trésorier. Tout ce que je n’ai pas pu faire pour moi, je l’ai fait pour les autres. Et puis, comme j’étais un peu investi au département, je me suis investi aussi à la région, puis au niveau national”, énumère-t-il. Plus de vingt ans se déroulent ainsi, Robert Marchant gravissant les échelons : Président technique puis Vice-président administratif du Comité Régional Ile-de-France Marne, Président technique national masculin et membre du Comité directeur de la FFGym, devenant aussi juge international. De riches expériences qui le passionnent, lui faisant parfois oublier son métier à la ville.

Néanmoins, vers l’âge de quarante-cinq ans, il rencontre à nouveaux de sérieux problèmes de santé. Il explique : “Je n’arrêtais pas de tomber. Je me souviens, j’étais à une coupe d’Europe à Rome, nous étions en délégation, je sors du bus, paf mes jambes me lâchent. Tout le monde se précipite sur moi. J’ai senti qu’il y avait un problème et effectivement, on s’est aperçu que j’avais un canal étroit et que ça me paralysait les jambes“. En 2005, il se voit dans l’obligation de se faire opérer. Il passe ses journées à l’hôpital pendant près de six ans. Après cette longue période de soins et de récupération, pensant enfin être sorti de tout cela, le plus dur se produit en 2015 : “J’avais une prothèse de hanche qui était usée donc j’ai été obligé de la changer et là, ça a été le coup dur. J’ai été opéré cinq fois, c’était l’enfer, arrêt cardiaque, enfin toute la panoplie de ce qu’on peut avoir. Je suis resté un an à l’hôpital. Je suis sorti, j’ai récupéré une fois de plus, mais cette fois en fauteuil afin de protéger mes épaules et pour éviter de tomber, parce que j’ai une arthrodèse dans le dos de quarante-cinq centimètres et parce qu’ils m’ont bloqué la hanche“, confie l’ancien gymnaste.

Pourtant Robert Marchant tient bon. Une positivité qui lui vient de ses parents : “Mon père avait eu aussi un accident, jamais il ne s’est plaint“. Aujourd’hui, il est toujours membre du Comité régional et fait partie de la commission juridique étique et de la commission électorale de la Fédération comme membre honoraire : “Je suis licencié à la FFGym depuis 1961, je fais partie des sages et des anciens de la Fédération. Quand on y pense, j’ai été le dernier Président Technique National dans le secteur masculin“, déclare celui qui est attaché à cette “vieille dame”, comme il nomme la Fédération, lui qui a fait de la gym avec James Blateau, son Président. Robert Marchant garde un pied sur le terrain aussi, rendant visite aux gymnastes à l’INSEP, mais les suivant aussi quand il le peut sur une finale nationale.

C’est après sa dernière opération qu’un ami, qui tous les ans faisait des parcours en vélo, lui propose de se joindre à lui. Sceptique au départ, il se renseigne et découvre le handbike, une fourche qui se greffe au fauteuil classique. Le vélo à bras de Robert Marchant est pourvu d’un système électrique, qui l’aide ponctuellement, évitant ainsi la déviation de l’unique roue avant, le cycliste devant “pédaler” des deux bras en même temps.

Les entraînements en vélo commencent alors à rythmer le quotidien de l’ancien gymnaste. Et c’est en 2018, qu’il se lance dans un premier défi : celui de Saint-Jacques-de-Compostelle, un clin d’oeil à son meilleur ami disparu avec qui il séjournait chaque année dans la région. De là nait l’envie de se lancer dans une nouvelle aventure, toujours plus grande, toujours plus challengeante chaque année.

Mais ces projets ont un coup non négligeable ; cette fois, il approche les sept mille euros. Heureusement, Robert Marchant a notamment reçu le soutien d’IDF Habitat, dont la directrice a fait de la gymnastique à Champigny aussi, prenant en charge les hébergements. Le Crédit Mutuel, la FFGym, le Comité de Paris, la Région et d’autres donateurs ont contribué au projet via une cagnotte lancée par l’équipe.

Le cycliste a inévitablement rencontré un problème ; trouver des hébergements disposant de chambres PMR (personnes à mobilité réduite) à la montagne. “J’ai commencé à réserver au mois d’octobre. À Chamonix par exemple il n’y avait rien. J’ai déjà eu la mauvaise expérience dans un hôtel au Perche, en Normandie. On s’est retrouvé dans une chambre soi-disant PMR, au premier étage sans ascenseur“, raconte-t-il.

En revanche, Robert Marchant est prêt physiquement pour cette épreuve, cumulant depuis le début de l’année plus de trois-mille-huit-cent kilomètres dans les bras. Il s’entraîne trois à quatre fois par semaine sur les bords de Marne, parfois à Paris et même quelques fois en province, mais toujours dans des cadres très agréables, tournant autour de trente à quarante kilomètres par sortie.

Rien ne semble pouvoir arrêter Robert et son équipe pour, comme il l’appelle, son “petit Tour de France en cinq jours”.

Affiche Tour Mont Blanc Robert Marchant

Article précédentOlga Omelianenko : une gymnaste réfugiée ukrainienne en Vendée
Article suivantMathilde Wahl : “Je ne me vois pas m’arrêter maintenant”

LAISSER UN COMMENTAIRE

Merci d'inscrire votre commentaire !
Merci d'indiquer votre nom