Titrée championne d’Algérie à plusieurs reprises, Lahna Salem est également l’une des coéquipières de Kaylia Nemour au sein de l’équipe nationale. Désormais installée dans le sud de la France où elle entraîne, la gymnaste de 27 ans vise une qualification olympique en individuel pour Paris 2024. Portrait d’une des chefs de file de la sélection algérienne qui, malgré les obstacles, n’a jamais baissé les bras.

Lahna Salem découvre sa passion pour le trampoline à l’âge de 4 ans en pratiquant avec sa soeur aînée. Elle se démarque parmi les athlètes de l’Itiihad Riadhi Baladiat Ouahrane (IRBO) à Oran, attirant alors l’attention de Benothmane Soreya. Cette dernière devient alors son premier entraineur à l’école de l’IRBO-Sud, où Lahna commence son ascension prometteuse en gymnastique artistique. Une histoire où le talent précoce de la jeune gymnaste s’allie à la détermination de son mentor, jetant les bases d’une carrière sportive prometteuse.

En 2008, elle remporte la médaille d’or au championnat d’Algérie de Bad Ezzouar à Alger, marquant ainsi le point de départ de sa carrière dans le haut-niveau. En décembre de la même année, suite à un test positif, elle est convoquée à un regroupement de préparation avec l’équipe nationale, confirmant ainsi tout son potentiel. Elle n’a alors que 13 ans et elle est, pour la première fois, sélectionnée pour représenter l’équipe nationale d’Algérie au championnat d’Afrique organisé au Caire, en Egypte. Une année 2009 charnière pour cette jeune prodige de la gymnastique algérienne qui s’empare lors des championnats nationaux de Bab-Ezzouar à Alger, de quatre médailles d’or et une d’argent. Une performance qui permet également à son club de s’emparer de la première place au classement général.

Départ à Alger pour poursuivre sa quête de haut-niveau
Avec un palmarès qui ne cesse de grandir, elle continue à évoluer dans l’ouest algérien jusqu’en 2014. “Après l’obtention de mon brevet, je voulais vraiment continuer à pratiquer la gymnastique et à évoluer mais cela ne pouvait pas se faire à Oran“, explique-t-elle avant de poursuivre : “Saad Eddine Hamissi qui était entraineur de la section Gymnastique au club Sportif Amateur d’Alger centre (ARBEE) a convaincu mes parents pour que je sois interne au lycée sportif et que j’intègre le club d’Alger centre.” Encouragée et soutenue par ses parents à quitter Oran pour la capitale Alger,  où elle aurait davantage de possibilités d’évolution et de professionnalisation dans le domaine de la gymnastique artistique, elle prend donc la décision de rejoindre le lycée sportif de Draria, un internat renommé qui offre une formation dédiée aux jeunes sportifs inscrits dans des classes sport-études.

Pendant trois ans, elle maintient un rythme inlassable, conjuguant enseignement et entraînement tout au long de la journée. Son engagement s’exprime par un calendrier intensif, où certaines séances d’entraînement s’achevaient à 20h00 puis des cours du soir qui se prolongeaient eux jusqu’à 22h00. “Au début, c’était très difficile pour moi de m’adapter. Le premier mois j’ai failli abandonner, mais mes parents me répétaient sans cesse que la réussite nécessite des efforts. Au final, ils avaient raison.” Ses parents, “un moteur essentiel dans son parcours“, comme elle le révèle.

Mais en 2015, à seulement trois jours du début des Jeux africains, compétition pour laquelle elle était en pleine préparation, elle se rompt les ligaments croisés du genou. Si elle devait se faire opérer rapidement, elle a finalement décidé, avec le consentement éclairé de son médecin traitant, de ses parents et de son entraîneur, de repousser l’opération d’un an afin de passer son baccalauréat. Une décision stratégique mettant en lumière sa détermination et son engagement envers ses objectifs sportifs et académiques. Une opération qui l’éloignera des salles de compétitions pendant plus de deux ans.

Après sa période de convalescence, la gymnaste algérienne reprend avec détermination les entraînements au sein de son club, l’ARBEE, placée sous la direction attentive de l’entraîneur Saad Eddine Hamissi, aujourd’hui sélectionneur national de l’équipe féminine d’Algérie. En 2019, elle réalise une performance au sol et aux barres asymétriques qu’elle qualifie d’exceptionnelle aux Jeux africains de Rabat (Maroc) en se hissant à la troisième place du classement. “C’était un grand moment” , lance-t-elle. “Après tout ce que j’ai vécu, avoir des titres en individuel après une interruption de deux ans, j’étais vraiment satisfaite et fière de moi.”

Un retour encourageant qui lui permettait de rêver des Jeux Olympiques. Mais l’absence de compétitions entraînée par la situation sanitaire liée à la pandémie de la Covid-19 et l’annulation des Championnats d’Afrique prévus en Afrique du Sud ont créé un vide dans son parcours sportif. Jusqu’à ce qu’une entorse vienne définitivement anéantir tous ses espoirs de qualification pour les Jeux de Tokyo. Loin de baisser les bras, elle s’accroche et poursuit son rêve olympique. Et si ce n’est pas Tokyo, ce sera Paris. En 2022, lors du Championnat arabe qui se déroulait à Oran, elle décroche une médaille de bronze et deux d’argent au saut, au sol et au concours général. En 2023, elle poursuit sur sa lancée et remporte l’or à la poutre lors des Jeux sportifs arabes organisés à Oran. Un succès suivi d’une médaille de bronze décrochée quelques mois plus tard aux Championnats d’Afrique à Pretoria. “Je rentrais en compétition principalement pour gagner en expérience et me mesurer aux autres athlètes des différents pays, mais cette performance m’a valu la qualification pour les championnats du monde”, sourit-t-elle.

Aujourd’hui âgée de 27 ans, Lahna Salem a entamé une nouvelle étape de vie, loin des siens. Et c’est dans le Var, dans le sud de la France, qu’elle s’est installée en juillet dernier après avoir intégré les rangs du club de Carcès Gym en tant qu’entraîneur où elle se consacre à la formation des jeunes, des évolutions et des performances. “À mon arrivée, j’ai bénéficié du soutien de Stéphanie Prieur, la Présidente du club et de l’ensemble du personnel en particulier Mireille Ganzin, qui m’ont chaleureusement accueillie en tant qu’entraineur et encouragée à participer à diverses compétitions en tant qu’athlète. Ils ont même ajusté mon emploi du temps pour faciliter mes entraînements, on m’a juste demandé de veiller à ce que cela n’affecte pas mon travail, ce qui est tout à fait normal”.

Des débuts difficiles
Alors que de nouvelles échéances se profilent à l’horizon, notamment les Championnats d’Afrique qui s’avèrent être une étape essentielle en vue de la qualification olympique pour Paris 2024, Lahna Salem a tout d’abord dû faire face à une contrainte bien réelle. “C’était prévu que la Fédération algérienne de Gymnastique m’octroie une bourse pour ma préparation mais au début ça n’a pas pu se faire donc j’ai commencé à m’entrainer seule, car malheureusement je ne pouvais pas me payer les services d’un entraîneur”, confie-t-elle. À son arrivée en France, c’est donc sans entraîneur qu’elle pratiquait au gymnase de Carcès, sur les créneaux où elle n’entraînait pas. Mais la situation a finalement ensuite pu se débloquer. Après une longue période d’attente, la décision tant espérée par la gymnaste et Saad Eddine Hamissi l’entraîneur national de l’Algérie, est enfin tombée. La fédération algérienne a reconnu la détermination de l’athlète en lui accordant une bourse, lui offrant ainsi l’opportunité d’engager un entraîneur. Avec l’approbation de Saad Eddine Hamissi, elle a alors opté pour le talent de Jade Gomez, entraîneur spécialisée dans la performance et l’élite au sein du club de Toulon. “J’avais rencontré Jade pour la toute première fois cette année en septembre lorsque je suis partie à Toulon afin de me préparer pour les Internationaux de France. J’ai vu comment elle travaillait avec ses jeunes gymnastes…Dans ma tête je me suis dit, elle sait ce qu’elle fait, et elle est qualifiée pour entrainer une athlète de haut niveau”, explique-t-elle, en rajoutant qu’elle a immédiatement informé son entraîneur national, lui exposant sa décision et sollicitant son avis. A l’aide avec Jade Gomez, elle exprime clairement que c’est avec elle qu’elle souhaite entreprendre sa préparation.

Dès la fin de ce mois de janvier, les séances d’entraînement ont donc pris un nouveau tournant pour la gymnaste algérienne qui se trouve désormais face à un rythme exigeant, jonglant entre ses fonctions d’entraîneur au club de Carcès, auquel elle reste affiliée, et sa propre préparation intensive en tant qu’athlète de haut-niveau qu’elle effectue à Toulon. Un défi de taille et un nouveau rythme qu’elle détaille. “Ces derniers mois, lorsque je m’entraînais seule à Carcès, je partais le matin à l’heure qui me convenait, je faisais mes séances d’entraînement avant de débuter mon travail à 16h30, sauf le mercredi et le samedi où je travaille toute la journée.” Un emploi du temps qui a évolué depuis. “M’étant engagée avec Jade Gomez, je me réveille plus tôt pour m’entrainer à Toulon de 9h à 13h. Sachant que de Toulon à Carcès, il faut compter 1h30 de trajet en bus, après j’enchaîne directement avec le travail à partir de 16h30” , éclaire-t-elle avant de compléter : “Je m’entraîne avec Jade trois fois par semaine et le reste du temps, je m’entraîne à Carcès en suivant le programme que Jade m’a préparé.” En parallèle, Saad Eddine Hamissi, l’entraineur national algérien, continue de la suivre avec cet objectif de podium aux championnats d’Afrique afin de décrocher le précieux sésame pour les Jeux Olympiques de Paris 2024. “Je dois dire que moralement il m’aide beaucoup” , confie-t-elle. “Dès qu’il peut, il se déplace ici pour m’orienter et m’aider dans mes entraînements. C’est d’ailleurs ce qu’il a fait avant ma participation aux championnats du monde en septembre dernier avec 20 jours de préparation.”

Déterminée et passionnée, Lahna Salem s’efforce de maximiser toutes les opportunités qui s’offrent à elle pour atteindre ses objectifs. Consciente que ces participations pourraient bien être parmi ses dernières en tant qu’athlète, elle met tout en œuvre pour offrir le meilleur d’elle-même. Son objectif est clair : se qualifier pour Paris 2024 et illuminer le podium aux côtés de ses coéquipières, avec en tête l’étoile montante Kaylia Nemour, qui a rejoint les rangs de l’équipe algérienne il y a maintenant deux ans après un imbroglio avec la fédération française de gymnastique. D’ailleurs Lahna Salem désigne affectueusement Kaylia comme le chouchou de l’équipe. Surtout que le 2 octobre dernier, lors des Mondiaux à Anvers où elles étaient les deux seules représentantes algériennes, Kaylia a brillamment scellé une année historique pour le pays en obtenant son billet pour les Jeux olympiques de Paris 2024 et en décrochant une médaille d’argent aux barres asymétriques. Un moment que Lahna a partagé avec sa coéquipière. “Pendant le championnat du monde, on était excitées et stressées en même temps, mais c’était plus par rapport à Kaylia car elle jouait sa qualification pour les JO et elle visait une médaille également. Mais sur le plateau on était assez concentrées, on a fait une belle compétition, même si pour ma part ce n’était pas ma meilleure performance”, explique-t’elle.

Kaylia est un exemple car à son âge elle excelle dans la gym de haut niveau, elle est quand même vice-championne du monde aux barres asymétriques ! En plus je trouve qu’elle est très mature pour une fille qui vient de fêter ses 17ans” , sourit-t-elle avant de préciser : “Kaylia a une facilité bluffante à faire les exercices et ses mouvements sur les barres. Elle montre que pour elle c’est facile et naturel alors que pour la plupart des gymnastes c’est vraiment compliqué et difficile de réaliser la même chose. Ses mouvements sont propres, je la trouve très élégante dans les barres. C’est une source d’inspiration.

À l’instar des autres filles de la sélection algérienne de gymnastique, Lahna Salem et Kaylia Nemour ont rapidement développé une certaine complicité ; d’ailleurs, elles se sont souvent rencontrées à Avoine lors des stages de préparation. “C’est notre entraineur national qui organise tout ça, j’imagine que c’était pour être à coté de Kaylia, et pouvoir s’adapter au groupe”, explique-t-elle. “À Avoine, dès que on rentre au gymnase, on ressent le haut niveau, car en plus de Kaylia, il y a d’autres gymnastes qui ont un très bon niveau malgré leur jeune âge, et ça te motive à travailler et à donner le meilleur de toi même. Il y a Carolann Héduit qui est dans l’équipe de France, et aussi les deux jeunes Elena Colas et Perla Denechère qui envoient du lourd.” D’autres stages à Avoine sont en cours d’organisation. “Je n’en suis pas certaine, mais probablement que la semaine qui précèdera le championnat d’Afrique, on aura un stage à Avoine.“

À l’approche des Jeux olympiques de Paris, l’équipe nationale algérienne se prépare également à relever son premier défi : décrocher le titre en équipe aux championnats d’Afrique qui se tiendra du 30 avril au 7 mai à Marrakech. Un test de sélection devrait se dérouler la dernière semaine de février. Pour les protégées de Saâd Eddine Hamissi, c’est dans cette fusion entre générations que réside l’espoir vibrant de remporter des titres. L’expérience qui se conjugue avec la jeunesse prometteuse, formant ainsi une équipe déterminée à laisser une empreinte mémorable pour l’équipe d’Algérie. Un rêve collectif et un objectif commun qui transcendent les frontières, illustrant la puissance du sport pour unir et inspirer.

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